Il faudrait pt être nuancer. Ce n’est pas « grâce à Sarko » que le mouvement a réussi. On devrait plutôt dire que la droite étant divisée, et l’un de ses camps ayant intérêt à accélérer la défaite de l’autre, la victoire était plus facile pour les anti-CPE. C’est grâce à la mobilisation et aux manifestations que le CPE est tombé. La jeunesse est l’une des rares forces qui est encore capable de faire reculer ou tomber un gouvernement dans ce pays. L’année dernière Darcos a reculé en décembre, et si Sarkozy n’avait pas eu cette année avec lui les syndicats « de gôche » et les organisations « de gôche » également genre FCPE, son actuelle réforme du lycée, réforme Darcos light, ne serait pas passée. On parle de grève générale, mais la plupart des gens sont tenus par leurs obligations et leurs crédits. Une grève ça coute très cher ... et il faut être drôlement motivé pour accepter ces sacrifices financiers.
1995 est la dernière lutte sociale gagnée en France. Mais depuis, on a changé de régime. 1995, c’était encore Juppé et la chiraquie. Aujourd’hui, on a Woerth et la sarkozie. Et puis surtout, la reconfiguration de la donne sociale a eu lieu avec Maastricht (1992) et l’entrée dans la mondialisation capitaliste. Les centres nerveux économiques sont désormais les marchés financiers, les centre nerveux politiques les instances européennes. De traité de coopération entre nations libres, l’UE est devenue un "machin" (pour parler comme le Général de Gaulle) qui casse la souveraineté des nations au nom d’un dogme, la concurrence libre et non faussée, et par la contrainte d’une "gouvernance" aussi invisible qu’inflexible.
Les syndicats, CGT comprise, sont convaincus que cette donne de départ n’est pas contestable et qu’il faut jouer avec les règles qu’on nous impose. Ce fut très tôt la position de la CFDT, qui a motivé ainsi son tournant "libéral".
On pourra remarquer par exemple la disparition dans le langage du mot "bourgeoisie" (et progressivement du mot "travailleur" également. Arlette commençait à dessein toutes ses interventions par le fameux "Travailleuses, travailleurs ..."). La bourgeoisie détient les moyens de production. Elle doit se faire oublier comme classe sociale, car aussitôt qu’on pense à elle, on pense aussi à la classe sociale antagoniste, qui ne détenant pas les moyens de production, est obligée de se vendre. Elle est majoritaire en nombre. Le nombre de salariés est plus important aujourd’hui qu’il y a cinquante ans.
Il faut reparler de la bourgeoisie. Il faut reparler des classes sociales. Il faut que les salariés prennent conscience d’appartenir à une classe sociale qui n’a pas les mêmes intérêts que la classe qui possède. Il faut bannir le mot de "partenaires sociaux". Les petits chefs de Mac Do ne doivent plus accepter de se faire appeler "collaborateurs" par les grands chefs. Bref, il y a tout un imaginaire et un langage à décoloniser. Sans cela pas de conscience de classe ni de théorie pour penser notre histoire. La bataille, c’est dans les têtes qu’il faudrait d’abord la mener. Vaste programme.