Début février 2006, c’est une journée d’action interprofessionnelle organisée par l’ensemble de syndicats. Villepin, à la chambre des députés : « J’entends ceux qui manifestent, mais j’entends aussi ceux qui ne manifestent pas. ». En utilisant l’article 49-3 Villepin fait adopter le projet de loi sur "L’égalité des chances" (une loi dont le CPE n’est qu’un élément).
Début mars, on a le début des grandes manifs s’opposant particulièrement au projet CPE. Le premier ministre reste arcbouté sur son projet. A partir du 20 mars, Sarkozy commence à nuancer son soutient. Il se dit « solidaire tout en étant différent. » Il propose une expérimentation du CPE sur six mois.
Les manifs grossissent : le 28 mars, c’est une marée humaine (plus qu’en 1995, plus qu’en 2003 : cette histoire de CPE est prétexte à manifester son ras-le-bol, et pas qu’un peu !). Villepin continue à faire le matamore mais se dit prêt à discuter sur la période d’essai et le licenciement sans justification. Sarkozy lui savonne la planche en proposant carrément une « suspension » de l’application du CPE, le temps qu’on négocie un compromis. Le MEDEF commence à prendre aussi ses distances. C’est l’ampleur grandissante et exceptionnelle des manifs qui fissure la majorité : comment se sortir de ce guêpier sans avoir l’air de se parjurer ?
Le 31 mars, une fameuse intervention étonnante du président de la République Chirac à la télévision : « J’ai décidé de promulguer cette loi », en ajoutant qu’elle allait être modifiée (promulgué mais donc non appliquée momentanément). Après la manif du 4 avril, le projet CPE est poussé vers la sortie. Le 10 avril, Chirac annonce que l’article de la loi sur l’égalité des chances, concernant le CPE, sera « remplacé par un dispositif en faveur de l’insertion professionnelle des jeunes en difficulté ». The end.
Que Sarkozy y ait trouvé un moyen de plomber la future candidature possible de Villepin, c’est évident ; mais surtout, il ne voulait pas plomber ses chances à lui (et c’était plus aux militants UMP qu’il s’adressait, pour qu’il soit considéré comme le meilleur candidat). Qu’il dise au leader étudiant qu’il soutient sa lutte contre le CPE, qu’il fasse une petite valse-hésitation à partir du 20 mars pour se faire mousser, ça n’illustre qu’une chose : l’ampleur du mouvement (où tous les jeunes s’impliquaient) rendait délicate le maintient du projet CPE, il fallait quitter le navire Villepin. Ce n’est certainement pas un coup de fil de Sarko à Julliard, ni son interview à Paris-Match qui a fait que les manifs ont été encore plus conséquente. C’est bel et bien l’enthousiasme, la pugnacité des lycéens, des étudiants, et des travailleurs qui emboitaient le pas qui va faire plier le gouvernement.