« Pensez-vous qu’un remaniement qui infléchirait la posture politique vers plus d’apaisement suffirait à balayer les critiques envers la politique menée ces trois dernières années ? Les Français ont-ils réellement des prédispositions à l’amnésie ?
– Deux types de réponse sur cette question : je suis frappée de voir à quel point des périodes politiques peuvent être très vite oubliées. Je prends un exemple : à la fin du gouvernement Raffarin, sous Jacques Chirac, on avait l’impression d’une fin de règne. L’arrivée de Dominique de Villepin a changé la donne, du moins dans un premier temps. Souvenez-vous : on ne parlait plus que des 100 jours, de la France qu’il fallait changer à grande vitesse. Une sorte de renouveau s’est produit jusqu’à ce qu’éclate l’affaire du contrat première embauche.
On ne peut donc exclure que M. Sarkozy parvienne à changer de séquence politique et à faire oublier la brutalité liée à la réforme des retraites.
Mais ses cartouches sont faibles : il n’y a plus d’argent dans les caisses, la conjoncture mondiale n’est guère porteuse. Tout va dépendre du discours choisi par le président de la République. Dans la mesure où il est candidat à sa réélection, la seule façon pour lui de s’en sortir est d’enjamber les dix-huit mois qui restent et de commencer à énoncer un projet présidentiel.
Il retrouverait alors le temps qui lui manque pour ébaucher un projet à long terme et refixer un cap. »
(Source : Le Monde)
Sur l’édito, deux "critiques" :
1. Je me méfie de la thématique de la mémoire, et plus encore du "devoir de mémoire". A la mémoire, partielle, subjective, affective je préfère l’histoire, construite, médiate, qui essaie de reconstruire une totalité qui seule ouvre sur le sens. En écrivant dans l’Agitateur, nous sommes, comme les autres, le nez dans le guidon, aveugles à notre présent. Je m’en suis aperçu avec le TGV. C’est seulement après les mensonges de Lepeltier que la question m’est apparue dans toute son ampleur et sa complexité.
Alors bien sûr internet est une machine enregistreuse et accessible, et une formidable ressource documentaire. Mais cette machine a ses lacunes, et parfois des lacunes fabriquées. Les blogs de Lepeltier et Félix ont disparu après leur campagne ? Hasard ? Sûrement pas ...
2. Ma deuxième réflexion concerne le rôle de l’information et de la connaissance dans les choix politiques des gens. La plupart pensent qq chose, et cherchent dans l’information ce qui confirme leur choix initiaux. L’opinion, la doxa pour parler comme les savants est reine. Internet n’y changera rien. Il me semble par exemple que sur la récente affaire des retraites, les médias n’ont pas vraiment jouer leur rôle d’information. D’une part, parce que comme en 2005, la plupart ont adopté l’idéologie du pouvoir (et je ne parle pas que de TF1 ; c’est très clair par exemple pour un journal comme Le Monde) ; mais à la différence de 2005, il ne me semble pas qu’internet ait constitué un contre pouvoir convainquant. On a pas vu par exemple l’émergence d’un phénomène comme le site d’Etienne Chouard. Pourtant le dossier ne me semblait pas plus technique que le dossier TCE. Bref, avec le temps, internet me semble de plus en plus une formidable chambre d’échos de l’opinion, et comme l’opinion versatile, contradictoire, lacunaire.
Il y a donc l’outil, l’usage qu’on peut en faire, et la volonté/capacité d’en faire bon usage. Les technophiles me semblent parfois oublieux de ces trois/quatre registres d’appréhension du phénomène internet dans le rôle qu’il peut avoir dans le champ politique. A cela s’ajoute une caractéristique propre au net : la pollution informative, la masse ingérable des données (et cela va en s’amplifiant). Là c’est la puissance de l’outil qui fait obstacle. Le problème pour nous n’est plus d’accéder mais de trier. Ce qui ramène à la première question. Toute mémoire est élective et donc sélective. Il n’y a pas de mémoire sans tri, sans élection de ce qui est significatif et de ce qui ne l’est pas. Ce n’est pas un problème de machines. C’est affaire d’éducation et de culture.