Donc vendre que sortir du nucléaire c’est facile, qu’on sait faire et cela sans effort, c’est vraiment n’importe quoi. C’est contre-productif. Avoir les pieds sur terre, proposer du crédible, du concret, du faisable, c’est la première condition pour changer les choses.
Tout à fait. Et c’est à ce genre de déclaration qu’on mesure la régression du potentiel critique des "anti". Poser le problème de l’énergie et de son emploi, c’est poser en même temps le problème du système dans lequel on est plongé. Je recommande la lecture d’un "vieux" texte d’Ivan Illich, Energie et équité. La démonstration de Illich consiste à établir que ce qui est vendu comme un progrès — la capacité de se déplacer rapidement et où l’on veut — est un faux progrès quand tous les paramètres sont examinés. La vitesse a un coût. Le rapport coût/gain n’est pas au bénéfice du gain. Conclusion : la vitesse mange du temps, au lieu de nous en faire gagner. Seulement, elle ne mange pas le même temps pour tout le monde, d’où le titre Energie et équité. Le "progrès" est la face éclairée d’un immense déséquilibre entre riches et pauvres qui reste soigneusement dans l’ombre. Le démontage de la face cachée du progrès est l’occasion d’examiner l’irrationalité d’un système, et son iniquité.
A relire Ivan Illich, et tous les fondateurs de l’écologie politique, et à comparer avec les péroraisons des soi-disant écolos, on se désespère de constater que l’écologie contemporaine est devenue le refuge de la non-pensée... Et cela à un moment où les déséquilibres sont non seulement sociaux, mais environnementaux, avec l’épée de Damocles de la catastrophe écologique au-dessus de nos têtes. Flippant.