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La pâte et le pain - bombix - 1er novembre 2011 à 14:05

Ce sont les années 80 qui ont mis les logiciels dans le business. Dans les années 70, on s’échangeaient du code librement...ce qui explique aussi que le code d’Unix s’est facilement diffusé et a pu être amélioré.

C’est exact. On raconte que Richard Stalmann a eu l’idée d’une licence « libre » — c’est à dire d’un système juridique qui protégeât l’inventeur de toute captation, tout en autorisant l’accès, l’amélioration et la diffusion d’un programme — après avoir rencontré des déconvenues pour améliorer le logiciel qui pilotait une imprimante, et parce qu’on lui bloquait l’accès au code source. Donc historiquement, il faut le souligner, les programmes ne sont pas propriétaires. Mais pour éclairer cela, il faut aussi se souvenir qu’historiquement, ce qui produit de la plus-value en informatique, c’est le hardware, le matériel. On va penser à fermer l’accès au code au moment même où un déplacement dans l’origine de la plus-value est en train de se faire, du matériel vers l’immatériel, du hardware vers le software. Ce déplacement est dû au surgissement de la micro-informatique à laquelle personne ne croyait. Le premier micro en France est importé comme un jouet, et on ne lui voit pas d’autre avenir à l’époque. IBM passe alors à côté d’un coup énorme. Dans ce que j’ai nommé "un changement de paradigme", les idées à l’oeuvre dans Unix ne sont pas pour rien, comme je le rappelle dans l’article. Ce n’est donc pas du tout un hasard si le destin d’Unix et le destin des logiciels libres sont liés. Les gens tournés vers l’avenir comme Dennis Ritchie ne pouvaient voir que comme une régression la confiscation de l’accès au code. Tu as aussi raison de souligner l’importance de l’Université dans le développement de l’informatique. Le capitalisme, c’est toujours la même histoire : l’expropriation et la confiscation du bien commun au profit d’une bande de margoulins. Bill Gates accuse les défenseurs du logiciel libre d’être des "communistes". Il veut sans doute dire des gens qui n’adhèrent pas à la logique de sa majesté le Capital. Il a tort, car le fond de la pensée des développeurs libres est profondément libérale. Mais il a raison aussi, car en son fond, le capitalisme n’est pas libéral, malgré ce que disent ses défenseurs. Il vise la confiscation et le monopole. Il hait la liberté. Rien de mieux qu’une dictature, au Chili en 73 (laboratoire du néo-libéralisme), en Chine en 2011, pour assurer son plein épanouissement. L’histoire de l’informatique le montre amplement à sa manière aussi.


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