C’est ça. Comme d’habitude vous intervenez sans être allée à la réunion, sans avoir lu le bouquin dont on parlait, et en plaquant vos préjugés sur un article que vous lisez de travers. Personne n’a dit que la CNT n’était pas une organisation de travailleurs. Ce qui est en question, c’est le travail, tel que le mode de production capitaliste l’organise et le justifie. Voilà. C’est tout. Et c’est beaucoup. C’est beaucoup parce que si on ne remet pas ça en question, on retombe toujours dans la même gadoue. Si vous croyez défendre les chômeurs en ridiculisant ou en jetant l’opprobre sur des gens — très peu nombreux — qui mettent cette question-là au coeur de leur réflexion politique, et qui examinent comment, dans un processus révolutionnaire réel, historique, comme celui de l’Espagne républicaine et anarchiste, s’est nouée cette question, vous vous mettez le doigt dans l’oeil, pour parler poliment.
Il se trouve d’ailleurs qu’en Aragon, on a expérimenté d’autres formes d’organisation du travail et de répartition des biens produits. Et que ça a marché. Alors il ne s’agit pas d’arrêter de travailler, d’arrêter de produire les conditions matérielles de l’existence des hommes, il s’agit de travailler autrement et de distribuer autrement. Et si on ne réfléchit pas sérieusement à ça, de même que si on ne réfléchit pas sérieusement au règne de la marchandise, on ne sortira jamais d’un système — le capitalisme — qui organise la misère (très fort quand même de casser les retraites, et bientôt la sécu, dans un système en pleine prospérité, de casser un système inventé par une société qui sortait exsangue d’une guerre désastreuse) et programme le chômage (cf. par exemple Denis Olivennes, pas un gauchiste pourtant celui-là : " La préférence française pour le chômage ", 1994)
En résumé, si vous voulez défendre les chômeurs, allez agresser Madame Parisot et ses affidés. Pas les gens qui essaient de réfléchir au Capital comme processus, et qui dénaturalisent des concepts comme le travail. Le travail dans le mode de production capitaliste est le lieu d’un problème, pas la chose bien connue qu’on retrouve dans votre bouche et dans celle de Sarkozy.