Vous avez sans doute raison, vous connaissez mieux ces groupes ou parfois ces "sectes" que moi. En fait, moi je rentre là-dedans à partir de lectures des "pères fondateurs" — et pas tous encore, je n’en suis qu’au début, pas à partir des débats qui existent dans les organisations ou groupes réels. Et puis je mets ça un peu à ma sauce aussi, à partir des problèmes qui me préoccupent. Ceci dit, on pourrait sans doute voir le même chaos et les mêmes dérives à partir de toutes les idéologies naissantes. En gros, il y a d’abord l’intuition de "quelque chose", puis les mots, les concepts, les théories pour la dire. Alors à ce niveau là, il y a toutes les incompréhensions, toutes les confusions, toutes les récupérations aussi, possibles.
Pour Aries, malgré toute la sympathie que je peux avoir pour ce tribun puissant et sincère qu’est Mélenchon, ça me semble complètement à côté de la plaque. Je ne pense pas que le PG et le PCF ait renoncé au productivisme. Je suis allé écouter Mélanchon hier dans l’Allier, j’ai entendu à plusieurs reprises les orateurs à la tribune louer le TGV. Ils sont encore dans ce trip là : les soviets + l’électricité, comme résumait la chose Lénine.
Quant aux fachos, oui, possible, parce qu’il y a à l’extrême droite tout un courant contre-révolutionnaire qui est aussi un courant anti-capitaliste. Le capitalisme a été révolutionnaire, et continue de l’être, qu’on se le dise. Quand on a identifié la gauche au progressisme, on n’a pas fait gaffe qu’on pouvait embarquer dans nos bagages un aspect du capitalisme. En identifiant l’émancipation à une critique du progressisme, à certains de ses aspects, on aurait intérêt à ne pas mettre dans nos bagages les nostalgiques de l’ordre ancien, avec bottes et schlague. En clair, la porte est étroite. Vous en appelez à la vigilance. Vous avez raison. Pour finir sur l’extrême droite : c’est une idéologie, un ensemble de discours qui n’est pas forcément cohérent, mais qui lie dans un tout des aspirations réactionnaires, avec à la base un ressentiment social très profond. Ce sont des affects très négatifs emballés dans un récit qui les justifie et les fouette. Le FN était néo-libéral à fond dans les années 80, admirateur de Reagan. Maintenant, il développe une espèce de discours presque anti-capitaliste. Ca ne les derange pas, ils s’en foutent. Comme pour le joueur de flûte, ce qui est important, ce n’est pas la musique, c’est de pouvoir capter un auditoire. Ils promettent de nous délivrer des rats. Ils emporteront nos enfants et les noieront.