L’école, qui forme tous les enfants, et est financée par la puissance publique, doit être à l’abri des pressions, et donc des confessions, et donc des religions.
J’ajoute, pour faire bonne mesure, qu’elle devrait être à l’abri des pressions commerciales, des lobbies des firmes, et de la publicité aussi. Si le crucifix a disparu des salles de classes — mais le grand philosophe protestant Hegel n’y trouvait rien à redire, car selon lui il rappelait aux enfants la présence de la négativité dans le monde — aujourd’hui, où l’on doit tous "positiver", ils sont accueillis tous les jours et toutes les heures par le logo Windows ("système d’exploitation" bien nommé de la société Microsoft) du vidéo-projecteur qui danse devant leurs yeux ; on peut voir d’immenses affiches avec le logo FNAC (Goncourt des lycéens), parce que, parait-il, c’est un immense progrès de transformer en faux critiques littéraires des adolescents qui lisent en réalité de moins en moins (mais au moins, ce qu’ils liront, ils iront l’acheter à la FNAC) ; on a pu voir des banques proposer des clubs d’investissements, pour apprendre aux gamins à devenir de futurs petits traders ... Nous n’en sommes qu’au début. L’école est un gigantesque marché potentiel qui excite les convoitises. La furie informatique, comme l’avait bien pointé Nico Hirrt dans ses analyses il y a plus de dix ans, est au coeur d’un dispositif destiné à créer artificiellement des besoins et à investir de nouveaux marchés indispensables au capitalisme dans sa marche en avant. N’a-t-on pas vu récemment une boite de soutien scolaire proposer par abonnement à des municipalités des heures de "remise à niveau", en lieu et place du travail des instituteurs dont le nombre a diminué drastiquement. Dieu est mort, sans doute, mais son ombre lui survit : elle se nomme "marché", et ses prêtres sont les "managers". A-t-on gagné au change ? A côté de ces enjeux, le combat "anticlérical" classique apparaît souvent un peu d’arrière garde.