Elle a certes changé son discours depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Mais en son fond, théorique et politique, elle est et demeure anti-républicaine.
Par exemple, je trouve dans le "Pour comprendre la philosophie" de l’Abbé Moreux — une de nos gloires locales —, qui était pourtant un ecclésiastique éclairé, puisque vrai scientifique, astronome spécialiste du soleil, et aussi vulgarisateur scientifique : « Familles humaines, sociétés, nations, doivent à Dieu un culte extérieur où tous les individus s’associeront dans une adoration commune. En fait, l’apostasie sociale, je veux dire la suppression par les gouvernements du culte public rendu à Dieu, marque toujours le commencement de l’anarchie, du désordre et de la décadence pour les nations. » (p. 249) A l’époque — ce petit livre est écrit en 1931— ce n’est pas une opinion extrémiste ou spécialement réactionnaire. C’est ce que pense tout curé, y compris donc ce savant curé qu’est Théophile Moreux. Les choses s’apaiseront après la seconde guerre mondiale, et surtout après le concile Vatican II (*). Il faut avoir la mémoire bien courte pour penser que l’Eglise catholique a toujours fait preuve de déférence à l’égard de la République. Elle a accepté la République, parce qu’elle ne pouvait faire autrement. C’était un repli, non un consentement.
Petite note pour les curieux : Au passage, JC Milner, dans un livre remarquable, De l’école, suggère dès le début des années 80 que la guerre contre l’école n’a pas cessé, mais qu’elle est simplement devenue invisible, les chrétiens ayant investi l’ennemi, en entrant dans l’institution pour l’extenuer. Qu’un Meirieu (aujourd’hui à EELV !), maître à penser du pédagogisme à la grande époque de Jospin, soit catholique, cela ne doit rien au hasard. Les chrétiens constituent un élément de "la machine à trois pièces", avec la Corporation (les instits pleins de ressentiment contre les intellectuels, contre lesquels ils mobilisent la Pédagogie) et les Gestionnaires (les représentants du pouvoir et de l’argent qui ne supportent aucun contre-pouvoir ; or, tout savoir est par lui-même un contre-pouvoir), qui ourdissent le complot contre l’Ecole qui dure depuis cette époque et qui s’appelle la Réforme, laquelle n’a jamais cessé son travail systématique et raisonné de destruction. Dernier épisode en date : la réforme Chatel du lycée, approuvée et soutenue, ce n’est pas un hasard, par un syndicat d’origine chrétienne, le SGEN-CFDT. Milner note : « le SGEN est cette rareté : un syndicat d’enseignants qui réclame systématiquement l’abaissement matériel et moral de tous les enseignants. » (De l’école, p. 30) En clair, les chrétiens, remplis de bonne volonté et de bons sentiments (**), oeuvrent à l’intérieur de l’école à sa destruction, et justifient ainsi le maintien et le renforcement de leurs écoles confessionnelles, à l’extérieur. C’est pas mal joué. Pourtant, ils n’auraient pas eu la partie si facile si ils n’avaient pas été grandement aidés par d’autres forces, censées être « de gauche » (***). Mais c’est une autre histoire ...
(*) Quand on sait que J. Ratzinger, futur Benoit XVI, est dans le camp des réformateurs, donc des progressistes, lors de Vatican II, on imagine à quoi pouvait ressembler les réacs !
(**) Milner note malicieusement : « Certains catholiques, qui croient encore à l’Eglise comme institution, mettent leurs enfants à l’école catholique, afin qu’ils échappent à la Corporation et aux Réformateurs pieux. » Certains catholiques, et certains républicains peut-être, du genre Chevènement ?
(***) Pour une analyse sans concessions de la trahison de la gauche par l’école, lire ce point de vue d’un républicain impeccable : Jacques Muglioni : La gauche et l’école.