Je précise — puisqu’il y a actuellement un débat autour de la "transparence" à l’Agitateur — que je suis bien évidemment le premier intervenant de cette soirée.
Je voudrais préciser aussi, pour que les choses soient claires, qu’à l’origine, je n’étais pas anti-TGV. Pas plus que l’Agitateur dans son ensemble d’ailleurs, contrairement aux affirmations d’un de ses ex-membres.
Il se trouve que la première chose qui m’a intéressé dans l’affaire du TGV, c’est sa dimension politique au niveau local. J’ai découvert, après l’interview que S. Lepeltier a donné à l’Agitateur, que ce dernier nous avait bluffé, comme il a bluffé les berruyers. Or, personne dans le microcosme local, ni dans la presse régionale, n’a relevé ce fait.
Cela m’a amené à découvrir la situation réelle des infrastructures ferroviaires, et la situation de RFF/SNCF après la révolution libérale qui a conduit à la scission de l’ancienne entreprise nationale. La SNCF qui fait de l’argent, RFF qui hérite des dettes ... pas mal ! Et le réseau qui est en mauvais état ! C’est donc bien un train contre l’autre, car on ne pourra pas mettre l’argent partout.
Troisième étape, la découverte des mensonges sur la rentabilité des TGV, et le roman du développement économique local induit nécessairement par la construction de lignes à grande vitesse. Là je me rends compte que le but réel des LGV, c’est relier les grandes métropoles européennes entre elles, et que les villes comme Bourges ne peuvent être qu’oubliées. Ce que Bensac lui-même semble découvrir ... tardivement. (Une intervenante fera pertinemment remarquer que si le TGV s’arrête dans toutes les gares, ce n’est tout simplement plus un ... TGV !!! qui nécessairement à besoin de longues distances pour rouler à sa vitesse nominale )
Alors, pourquoi persister à soutenir un projet aussi ruineux qu’inutile pour des villes moyennes comme Bourges ? On ne peut que constater le conformisme et l’absence totale de débat chez les politiques, en particulier de « gôche », sur ces questions. Personne n’ose s’opposer au TGV car tous subissent la tyrannie du modernisme. Il faut être résolument moderne, à tout prix ! C’est écrit dans les tables de la Loi, et malheur à qui s’en écarte, ou met simplement ce discours en doute. Irène Félix reconnaît qu’il y a antinomie entre le projet réel (interconnexion des grands centres urbains et développement des zones intermédiaires) et les promesses qu’on fait miroiter, mais persiste dans une solution "langue de bois" où l’on couple le réseau classique et le réseau grande vitesse. De quoi se poser des questions sur l’objectivité avec laquelle ces dossiers sont traités en démocratie d’opinion ... Etonnant quand même que sur ce dossier, les seuls politiques à avoir tenu un discours critique : P. Seguin, H. Mariton, ou même ... Philippe Bensac !!! soient à droite !
Le dernier aspect du dossier, je l’ai découvert assez tardivement. C’est cette affaire du financement privé, des partenariats public-privés. A un Etat et à des collectivités surendettées, on propose de se décharger de leurs prérogatives de puissances publiques, pour s’en remettre à des investisseurs privés. Nous sommes un peu dans la même situation que les pauvres à qui l’on propose du crédit revolving à la limite du taux d’usure. Faire confiance à ces investisseurs et à ces solutions, c’est faire payer aux contribuables dans le futur le double, le triple, le quadruple du prix de ces infrastructures. Les politiques qui tremblent devant la pression de l’opinion publique, et qui sont sûrement choyés par les lobbyistes, auront-ils la vertu de renoncer à ces investissements invraisemblables et irrationnels (14 à 20 milliards d’euros !) ? Rien n’est moins sûr. Au fond, c’est parce que ces LGV sont irréalistes qu’elles ont toutes les chances d’être réalisées. Nous marchons sur la tête ...
Je n’ai pas évoqué le volet écologique, car je suis mal informé sur tout cet aspect du problème. Je regrette simplement que l’écologie de certains consiste à faire passer les nuisances du progrès dans le champ du voisin, sans remettre en cause globalement le système qui engendre ces nuisances et ces absurdités. Il faut rendre hommage au mouvement des décroissants de poser ces questions et d’aller à la racine des choses.