L’abstention ou le vote ne départage pas "la masse" et "l’élite". D’ailleurs, ces catégories ont-elles un sens ? Il y a des gens qui votent, après avoir réfléchi au problème, et d’autres qui refusent de voter après avoir réfléchi au problème également. Comme il y a des gens qui votent par conformisme — "on doit voter, nos aïeux se sont battus pour ça !" —, ou qui s’abstiennent de voter parce qu’ils ne se sentent pas concernés par le vote, sans avoir vraiment réfléchi aux implications de leur acte.
Quant à la citation de Rousseau, elle s’adresse ... au lecteur du Contrat Social, tout simplement. Petit volume en livre de poche, écrit dans une langue merveilleuse. Si cet édito donnait la curiosité d’aller lire Rousseau, son auteur serait comblé.
Au fait, ce qui est en question, ce n’est pas le vote, mais la démocratie représentative, qui semble aller de soi. Or, que notre principal philosophe politique la mette radicalement en question, mette en question la représentation, n’est pas inutile à souligner. Enfin, accepter de voter n’est pas qu’une question de logique d’entendement. Il y a une logique des préférables dans les activités pratiques et politiques. Rousseau ne dit pas dans ce texte quoi faire dans toutes les situations. C’est à chacun d’en décider. Rousseau pose un problème qui n’est en général posé par personne. C’est tout.