Y’a un temps, y’a longtemps, les socialistes causaient autrement. Paul Lafargue, gendre de Karl Marx, au Ve Congrès national du Parti Socialiste (SFIO), Toulouse, octobre 1908 :
« Je suis un de ceux qui ont soutenu que le Parlementarisme était la forme de gouvernement propre à la classe bourgeoise, celle qui met entre les mains de la bourgeoisie capitaliste les ressources budgétaires et les forces militaires, judiciaires et politiques de la nation. Les socialistes ne sont pas des parlementaires, il sont, au contraire, des antiparlementaires qui veulent renverser le gouvernement parlementaire, ce régime du mensonge et de l’incohérence. (Applaudissements sur certains bancs.) Le député qui se prétend être le représentant de ses électeurs, ment, parce que son corps électoral est composé de bourgeois et d’ouvriers. Il ne peut pas représenter les uns et les autres. Il ment donc quand il prétend être leur représentant. [...]
« L’incompétence du régime parlementaire s’étale grossièrement dans la manière de choisir les directeurs de la machinerie bourgeoise, c’est-à-dire les ministres. Il y a-t-il des hommes plus incompétents que les ministres actuels ? [...] Il y a eu des ministres de l’agriculture qui n’auraient pu distinguer un pied de pomme de terre d’un pied de topinambours.
« Pourquoi cela ? Parce que la bourgeoisie capitaliste tient à avoir des ministres et des députés qui n’aient pas d’opinions arrêtées, qui n’aient pas la volonté de faire aboutir telle ou telle réforme, ni d’appliquer leurs idées : elles ne veulent que des commis souples et disposés à obéir à ses ordres. [...]
« Il y en avait qui disaient qu’en envoyant des députés dans la Chambre, on conquérait du pouvoir politique et on diminuait la force de résistance du gouvernement capitaliste. Nous avons protesté contre cette opinion : quand nous envoyons des députés à la Chambre, ce n’est pas dans l’espoir de diminuer la force d’oppression de l’Etat capitaliste, mais pour le combattre, pour procurer au Parti un nouveau terrain de lutte, le plus magnifique terrain de lutte. »