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Sans oublier le "sombre écouteur de la mer" - bombix - 4 mars 2012 à 23:26

La nation va surgir de la patrie en danger, de la levée en masse, de la résistance enthousiaste contre l’ennemi aristo qui pénétrait en France.

Sans oublier « l’ennemi » intérieur, pas du tout "aristo" : « Pays, Patrie, ces deux mots résument toute la guerre de Vendée ; querelle de l’idée locale contre l’idée universelle ; paysans contre patriotes. » Victor Hugo, Quatrevingt-treize.

Dans le même roman, description du paysan breton :

« Si l’on veut comprendre la Vendée, qu’on se figure cet antagonisme : d’un côté la révolution française, de l’autre le paysan breton. En face de ces événements incomparables, menace immense de tous les bienfaits à la fois, accès de colère de la civilisation, excès du progrès furieux, amélioration démesurée et inintelligible, qu’on place ce sauvage grave et singulier, cet homme à l’oeil clair et aux longs cheveux, vivant de lait et de châtaignes, borné à son toit de chaume, à sa haie et à son fossé, distinguant chaque hameau du voisinage au son de la cloche, ne se servant de l’eau que pour boire, ayant sur le dos une veste de cuir avec des arabesques de soie, inculte et brodé, tatouant ses habits comme ses ancêtres les Celtes avaient tatoué leurs visages, respectant son maître dans son bourreau, parlant une langue morte, ce qui est faire habiter une tombe à sa pensée, piquant ses bœufs, aiguisant sa faulx, sarclant son blé noir, pétrissant sa galette de sarrasin, vénérant sa charrue d’abord, sa grand’mère ensuite, croyant à la sainte Vierge et à la Dame blanche, dévot à l’autel et aussi à la haute pierre mystérieuse debout au milieu de la lande, laboureur dans la plaine, pêcheur sur la côte, braconnier dans le hallier, aimant ses rois, ses seigneurs, ses prêtres, ses poux ; pensif, immobile souvent des heures entières sur la grande grève déserte, sombre écouteur de la mer.

Et qu’on se demande si cet aveugle pouvait accepter cette clarté. »

Avec pratiquement les mêmes arguments - arriération contre progrès, immobilisme contre mouvement, lumières contre ténèbres — les bons républicains de la IIIème République justifieront la mission civilisatrice de l’expansion coloniale, aux sauvages de l’extérieur cette fois. Jules Ferry : « Il y a pour les races supérieures un droit, parce qu’il y a un devoir pour elles. Elles ont le devoir de civiliser les races inférieures ... »


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