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Internet à l’école, le piège ? - bombix - 10 avril 2012 à 22:10

aurait plutôt dû apprendre à ses élèves à vérifier et à exploiter correctement les sources.

C’est exactement ce qu’il a fait. Il leur a fait une leçon magistrale (de magister, le maître) :

J’ai rendu les copies corrigées, mais non notées bien évidemment - le but n’étant pas de les punir -, en dévoilant progressivement aux élèves de quelle supercherie ils avaient été victimes. Ce fut un grand moment : après quelques instants de stupeur et d’incompréhension, ils ont ri et applaudi de bon cœur.

Peut-être ses élèves auront-ils un autre regard sur internet désormais. Non qu’ils le considèrent comme le "mal", mais certainement pas comme le "bien".

Reste que dans vos commentaires, vous ne dites rien de l’essentiel, à savoir ce qu’il en est de la transmission, de l’appropriation par les élèves de ces magnifiques ressources. C’est très bien d’avoir une magnifique bibliothèque à sa disposition — mais internet n’est pas une bibliothèque justement ; là aussi l’image est fausse, mais passons — mais si l’on ne sait pas lire (ce qui est autre chose que de savoir épeler des lettres assemblées) ? Demandez-vous pourquoi on colle un ordinateur, une tablette, un smartphone, dans les mains de tous les gamins ? Pt être parce que le marché de l’informatique est un marché juteux, et qu’il faut formater ces futurs consommateurs ? Pt être parce que l’informatique est un dispositif essentiel des nouvelles sociétés de contrôle ? Pt être parce qu’on espère faire des économies avec les TICE, et remplacer les profs qui coûtent si cher à former et à payer par des "machines enseignantes" ? (qui de plus ne feront pas grève !) Sans doute pour toutes ces raisons et bien d’autres encore, mais en tout cas, pas pour des motifs touchant à la pédagogie, c’est à dire l’art d’apprendre et de rendre autonomes intellectuellement des jeunes têtes.

Voici ce que disait, bien avant la percée micro-informatique dans la société et à l’école, un observateur averti du phénomène scolaire :

« Considérons l’imprimerie : il est fort douteux que son apparition et son extension aient grandement modifié la nature de l’acte d’enseigner ou les institutions qui le pratiquent. Le changement radical concerne le stockage et l’accessibilité des savoirs ; le livre imprimé, sur ce point, a constitué, sans nul doute, une rupture décisive. Mais pour ce qui est de la transmission comme telle, la rupture n’apparaît pas évidente. Après tout, nous qui avons enseigné pouvons témoigner que tout passe essentiellement par la parole et l’écriture manuscrite (celle du tableau noir et celle des notes prises aux cours). On pourrait même soutenir que l’invention de l’écriture elle-même n’a pas dû modifier profondément ce qu’il pouvait y avoir d’école : on sait que certaines transmissions de savoir très raffinées ne recourent qu’à l’enseignement oral : la poésie, dans bien des cultures, ne saurait avoir d’autre statut. [...] Pas plus que l’école ne saurait ignorer l’écriture ou l’imprimerie, elle ne saurait ignorer les capacités nouvelles dont elle peut disposer [commentaire : dont l’informatique et internet, ok]. Mais pour l’acte essentiel, pour la transmission comme telle, rien n’est changé : ce qui était impossible avant le demeure aujourd’hui et notamment qu’on puisse bien enseigner et expliquer ce qu’on ne sait pas et ce qu’on n’a pas compris. L’école, il faut s’en persuader, est une formation essentiellement archaïque. Contemporaine du langage et n’exigeant du reste que celui-ci comme condition nécessaire de son fonctionnement, elle est, comme lui, indifférente aux ruptures techniques. »

Jean-Claude Milner, De l’école, p. 90. 1984 pour la première édition. Livre fondamental et qui n’a pas pris une ride.


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