Une conférence sur l’Université, à Montréal :
Éric Martin : "Le développement d’une ’World-Class Teaching Profession’"
"Cette communication a été enregistrée le 9 mai 2017 à l’occasion du colloque "Les transformations actuelles des universités", organisé par la Fédération québécoise des professeures et professeurs d’université (FQPPU) et le Syndicat général des professeurs et professeures de l’Université de Montréal (SGPUM), lors du 85e Congrès de l’ACFAS à l’Université McGill. Éric Martin est professeur de philosophie au Collège Édouard-Montpetit. Résumé : Notre proposition est d’étudier les transformations de la fonction professorale alors que celle-ci est appelée à se reconfigurer pour correspondre à la globalisation universitaire, elle-même liée à la globalisation du capitalisme financiarisé. Ces dernières années, sous l’impulsion des grandes institutions économiques internationales, notamment la Banque Mondiale et l’OCDE, on a favorisé la création d’universités dites de « classe mondiale (world-class) ». Ces grandes universités de recherche se conçoivent moins comme des institutions, et davantage comme des organisations d’innovation internationales qui, par-delà les frontières nationales, cherchent à concentrer des ressources financières élevées et à attirer les chercheurs et étudiants les plus performants. En conséquence, le professeur et sa profession sont de plus en plus appelés à être pensés comme des producteurs de recherche « de classe mondiale » devant être évalués en fonction d’une « qualité » pensée depuis l’international. Ceci vient redéfinir l’excellence académique, qui est moins basée sur la possession d’un savoir disciplinaire et davantage axée sur la capacité du professeur à générer son propre financement, lequel dépend lui-même de la capacité du professeur à arrimer son travail de recherche aux critères de pertinence et aux « besoins » définis par des « partenaires » économiques externes et autres « stakeholders ». Les professeurs sont même encouragés à engager eux-mêmes des activités commerciales et à développer des entreprises dérivées (spin-offs) à partir de leurs recherches. Tout un système d’évaluation et de contrôle se met en place pour surveiller la production académique et récompenser son adéquation toujours plus immédiate avec le système technico-économique, au détriment de la liberté académique, ce qui soulève des inquiétudes importantes pour le futur."