Le Média vient de publier un texte d’universitaires : Le Chat de Schrödinger, la tour d’ivoire et la marée de merde.
Extrait : " L’ère néolibérale ébranle tous les fondements de l’Université. Les savoirs disparaissent au profit de compétences, segmentées, découpables, évaluables ; les étudiants, devenus entrepreneurs d’eux-mêmes, sont supposés faire l’acquisition d’un stock de compétences grâce aux investissements consentis dans leur formation ; les universités se doivent en conséquence de devenir des usines à diplômer, garantissant la valorisation de ce capital de compétences ajustées à des filières préformatées par une fructification à venir sous forme d’avenir professionnel et des statuts et revenus correspondants. Le raisonnement, l’exigence intellectuelle et les savoirs sont alors frappés d’obsolescence puisqu’il s’agit d’acquérir technicité (l’archétype de la compétence technique : et compétences comportementales (“savoir être” et autres soft skills) théorisées par le néomanagement : confiance, empathie, intelligence émotionnelle, communication, gestion du temps et du stress, audace, motivation, présence, vision, etc. Le stock de compétences constituant l’individu lui-même en capital humain inclut, en plus de ces acquis, les aptitudes innées, le capital culturel hérité du milieu familial, le capital physique dûment entretenu par la pratique sportive, la capacité de prédation sexuelle, etc. Si la mutation de l’Université est aujourd’hui un tel enjeu politique, c’est que s’y joue la formation de l’individu social, intégrant les mécanismes de perpétuation du système."