Pfffiii… Ho la, epujsv, vous n’êtes pas une paresseuse du clavier. une dizaine de messages !... J’ai bien compris que vous n’aimez que modérément le jaune – et même pas du tout ?
Je n’avais pas vu l’appel à soutenir le mouvement des policiers car effectivement, y’a deux comptes Facebook pour Bourges et le Cher. Blocage National dans le Cher et Les infos des gilets jaunes BOURGES. Mais… cet appel peut-il être considéré comme un appel reflétant un avis partagé chez les Gilets jaunes ? Il n’y a plus vraiment de décisions collectives, chacun fait son truc dans son coin. Regardez tous les commentaires qui suivent cet appel au soutient du mouvement des policiers : 9 fois sur vingt, c’est pour dire non, pas question de soutenir les policiers D’ailleurs ils n’étaient qu’un quinzaine à venir devant le commissariat (alors qu’ils étaient plus de deux cents à la manif du 15 décembre).
Ce n’est pas uniquement sur cette action que ça part dans tous les sens. Sur les deux comptes Facebook, on trouve maintenant des messages récurrents sur l’incompréhension de décisions prises sans véritable discussion préalable. Comme le remarquent amèrement de nombreux Gilets jaunes :
« tout le monde va faire à sa sauce dans son coin et le mouvement va s étouffer tout seul. »
« Moi honnêtement je n adhère pas du tout à votre façon de faire vous prenez des décisions sans demandé ce que les autres en pense »
« A qui demande t on l avis lorsqu’ un événement va être fait ???? Non parce qu’en faite j ai surtout l impression que c est 3 ou 4 personnes qui prennent des décisions sans rien demandé aux autres !!!! »
« Ici il semblerait que beaucoup de chose se décide en petit comité pensant pour tous »
Franchement, entre nous, entre quat’z’yeux, votre histoire de Gilets jaunes ne soutenant pas les grévistes, vous n’y croyez pas vous-même, j’espère ? J’en ai entendu des choses sur ce mouvement, mais là, non, je n’avais pas entendu ça. Et ils n’ont pas dénoncé non plus la perte des coquelicots ? Et le glyphosate ? Que sais-je. Là où il y avait des luttes, souvent les Gilets jaunes sont venus sympathiser et montrer activement leur soutien par leur présence : par exemple en allant voir le personnel de la base Amazon d’Aix en Provence qui était en grève. Par leur présence, et non pas par un message qu’il suffit de taper au clavier.
Vous écrivez : « Quant au RIC ça faisait déjà quelques temps qu’il planait au dessus du mouvement. Voire quasiment dès le départ. » Mais ce RIC apparut soudainement comme un ectoplasme ne fait pas l’unanimité chez les Gilets jaunes. Y’a qu’à lire les messages sur les comptes Facebook :
« GRAND COUP DE GUEULLE : Vous avez oublié le 17 novembre et pourquoi ont c’est tous retrouvé dans la rue avec nos Gilets Jaunes ??? Il y en a que pour le RIC maintenant !!! Notre premier combat était contre les taxes et notre pouvoir d’achat. Aujourd’hui vous trouvez que c’est mieux ??? »
« Le RIC pour ma par je sais pas j ai un peu peur qu en le créant ça profite à la Macronie et qu à eu seul donc vaut mieux se battre contre le pouvoir d achat et voir après »
« Je suis d accord avec Gilles a la base on se battait ppur la suppression et la diminution des taxes maintenant nous sommes engagés dans un combat qui nois dépasse...le RIC tout le monde ne parle que de ça mais combien savent en quoi ça consiste »
« Départ des gj ; justice sociale et justice fiscale, on en est bien loin.... un RIC, on rentre en politique ?! »
Non, ça ne planait pas au dessus du mouvement. Regardez les rétrospectives diffusées en ce moment : rien sur ce satané RIC depuis le début du mouvement, rien. Et depuis le 17 novembre, jusqu’à y’a dix jours, l’écrasante majorité des Gilets jaunes ignorait ces trois lettres. Souvenez vous des interviews sur les ronds-points, des présences sur les plateaux télé : rien, rien, rien. On peut interpréter et tordre la réalité selon ses envies, mais faut-il encore avoir des éléments qui soutiennent la thèse.
Vous proposez un autre titre : « J’aurai titré votre article autrement : Gilets jaunes. Arnaque ? » Arnaque de quoi ? Pour la première fois depuis bien longtemps, bien, bien longtemps, on a enfin un semblant de mouvement social. Ça commence par une broutille fiscale : le carburant et ses taxes injustes. Ça commence par un appel à une unique journée de blocage, le 17 novembre (car au départ, y’avait que le 17 novembre prévu sur la calendrier). Et ce ne fut pas une unique journée, et les taxes carburant vont être dépassées par la demande sur notre niveau de vie : la saloperie qu’est le prélèvement CSG sur les retraites, les SMIC de misère, etc. Pendant quelques semaines, on a pu lire, entendre, voir des gens parler de leur misère sociale, un happening social. On a pu voir des gens déterminés, supporter la pluie, le froid, accrochés à leurs demandes. Des jeunes, des vieux, des professions diverses, et beaucoup de femmes, oui, une présence féminine très forte et qui ne faisait pas de la figuration.
Et le gouvernement a reculé, bon gré, mal gré. Chère epujsv, vous pouvez toujours tourner, retourner, chercher des mots, ça ne change pas la réalité : le gouvernement a reculé. Bon sang, reprenez les déclarations d’Edouard Philippe depuis le 17 novembre, et finalement il a mangé son chapeau. Vous appelez ça "gestion de crise", oui, la crise a été gérée… en reculant. Et en mai 68, la gestion de crise donnant un salaire minimum augmenté de 30%. C’est un peu chipotage au mieux, ou mauvaise foi au pire que jouer ainsi sur les mots.
Et même si y’a vague entourloupe, même si finalement, ça ne fera pas tant que ça, mais depuis plus de dix ans, depuis vingt ans, je ne sais pas, tous les syndicats, tous, ces boulets n’ont même pas été foutu d’obtenir ça – et encore, on ne parle pas des effets collatéraux de la mobilisation avec les primes décidées par les grosses entreprises.