J’ai donc suivi la manif via les live des facebook "Vécu, le media du gilet jaune", "Fly Rider" et "Blocage national du Cher" : en dehors du fait qu’elle s’est majoritairement passée pacifiquement (ce sur quoi je n’avais aucun doute), et minoritairement pas pacifiquement (ce sur quoi je n’avais aucun doute) le nom d’Etienne Chouard continue à être diffusé par un ou deux de ces live (Vécu, le Média et/ou sur celui de Fly Rider). Il va à Toulon la semaine prochaine. Une quenelle a été chantée par des animateurs de Blocage national dans le Cher en virant des journalistes de BMFTV de la Place Séraucourt, agressivement oralement. Pub est faite pour la chaîne RT. La CGT s’est faite insultée par un ou 2 manifestants avenue de la République (au moment où c’était chaud avec les CRS) . M. Nicolle en fin de manif place Séraucourt parle pour les petits commerçants. P. Ludosky dit toujours la même chose lorsqu’elle est interviewée par un de ces petits médias intra GJ.
Quelque chose que je n’avais jamais remarqué jusque-là sur le Facebook Vécu, le média Gilets Jaunes : c’est leur premier post, tout en haut, du 3 janvier, qui renvoie sur un site qui s’appelle : "Militants Gilets Jaunes" fait le 20 novembre et renvoie au RIP (c’est-à-dire le RIC du RN) et des revendications GJ pro commerce.
Bref, je fais toujours les mêmes constats qui tournent en boucle. Le jour où ce mouvement prendra une configuration que j’estime de gauche, je ne sais pas à quel acte on en sera. Des GJ de Commentry dans la Meuse font des appels aux autres GJ pour le 26 janvier : ceux là on l’air de gauche, libertaires. Mais ils refusent d’aborder les sujets qui divisent au sein de leur assemblée populaire telle que l’immigration. Pour ne pas se fâcher avec les électeurs RN qui sont au sein de leur assemblée. Tout comme des militants écologistes ne doivent pas parler de leur militantisme contre Bure.
En parlant de Libertaires, il y a un compte-rendu dans le Monde Libertaire, d’une AG de GJ du Loiret le 4 janvier. Ce compte-rendu a le mérite d’être clair. Extraits :
"Derniers mots sur les accusations de beaufisme, racisme, antisémitisme, etc. utilisés entre autres par le gouvernement pour dénigrer le mouvement. On ne peut pas bien sûr ignorer la présence active des militants et sympathisants du RN au sein du mouvement des gilets jaunes ; c’est un fait. Pour être plus catégorique, il faudrait consulter le travail des géographes qui analysent les cartes du vote FN et celles de la mobilisation des Gilets Jaunes"
"De façon intéressante – et peut-être symétrique – on peut noter un autre grand absent dans l’imaginaire convoqué pendant les discussions de cette AG, c’est le capitalisme et l’idéologie néolibérale qui le soutient. Les innombrables critiques ou invectives se focalisent sur les personnes, essentiellement les acteurs politiques les plus visibles – le président, son gouvernement, la « représentation » – mais on voit peu apparaître les commanditaires et pas du tout l’idéologie, soit parce que le moment n’est pas théorique, ou par manque d’une solide culture politique, soit plutôt parce qu’une telle critique, nécessairement radicale risquerait de promouvoir au sein du mouvement une image « gauchiste », voire extrême-gauchiste. Une bonne partie de l’assemblée ne s’y reconnaîtrait probablement pas, en particulier la frange des artisans, petits entrepreneurs et employés du care ou du tertiaire qui fournit au mouvement une partie substantielle de ses acteurs. On peut interpréter ce double silence très présent au sein du débat par le fait que tant l’extrême-droite que l’extrême-gauche ou les libertaires retiennent leur parole, afin de ne pas nuire à leur intégration dans un mouvement qui ne les accueillerait pas en tant que tels. Ils se réservent pour accompagner, le moment venu et dans l’action concrète, la mutation en cours d’une révolte sociale en contestation politique, un instant disponible pour basculer et prendre telle ou telle orientation. "
"Une dernière remarque... malgré quelques appels minoritaires à l’armée pour « mettre de l’ordre » dans le pays, le refus fondamental et ancré dans la durée d’une verticalité, qui priverait à nouveau les nofaces de visage et de voix les novox, est une problématique peut-être inédite pour la récupération du mouvement à court terme par une extrême-droite dont le culte du chef est une, si cela n’est la, valeur fondamentale."
Voir Le Monde Libertaire du 4 janvier.