Donc, à vous suivre un cadre sup qui émarge à 7 000 euros par mois n’est pas un capitaliste, parce qu’il est un salarié, et un travailleur indépendant qui se dégage à peine un SMIC est un capitaliste parce qu’il est ... indépendant justement ? Et ne parlons pas de certains paysans qui n’arrivent même pas à se dégager un SMIC. Ou de ceux qui se lèvent le matin pour aller travailler en étant certains qu’à la fin du mois, ils n’auront pas gagné de l’argent, mais grignoté davantage le patrimoine qui leur reste (comme le personnage mis en scène par Michel Houellebecq dans son dernier roman. L’agriculture française faisant l’objet dit le romancier "d’un gigantesque plan social" qui ne dit pas son nom.)
Un capital, et le capital, ce n’est pas la même chose. A partir d’un certain seuil, il y a un saut qualitatif. Marx montre justement qu’on ne peut pas parler de capitalisme avant ce stade qu’il appelle "l’accumulation primitive" (qui se fait le plus souvent dans la violence, par l’expropriation des petits indépendants, justement, ou la prédation du bien commun, comme dans l’épisode des enclosures en Angleterre au XVIIème siècle. En Inde, on coupera les mains des tisserands pour que l’industrie de Sa Majesté n’ait plus de concurrents, etc.)
Les sommes en argent doivent atteindre une masse critique pour que la machine puisse se mettre en branle. Ce qui permet de différencier l’économie de marché du capitalisme. Il y a eu depuis des millénaires des marchands. Le capitalisme a trois siècles.
Bref, il faudrait sortir de l’ouvriérisme un peu limité dans lequel vous semblez vous enfermer. Macron est le fonctionnaire de sa Majesté le Capital. Le monde du travail, salarié ou indépendant, est en train d’en prendre conscience. C’est plutôt une bonne nouvelle.
La bourgeoisie ne peut exister sans révolutionner constamment les instruments de production, ce qui veut dire les rapports de production, c’est-à-dire l’ensemble des rapports sociaux. Le maintien sans changement de l’ancien mode de production était, au contraire, pour toutes les classes industrielles antérieures, la condition première de leur existence. Ce bouleversement continuel de la production, ce constant ébranlement de tout le système social, cette agitation et cette insécurité perpétuelles distinguent l’époque bourgeoise de toutes les précédentes [ ...] Tout ce qui avait solidité et permanence s’en va en fumée, tout ce qui était sacré est profané, et les hommes sont forcés enfin d’envisager leurs conditions d’existence et leurs rapports réciproques avec des yeux désabusés.
On dirait que ça a été écrit hier ...