Bon. Alors, fallait-il ou non publier cette brève qui a perturbé les administrateurs de l’Agitateur ?
Ben oui. D’abord, elle relate un fait réel, et elle témoigne d’une réaction à chaud, par rapport à des images. C’est comme ça que fonctionne l’Agitateur depuis le début, et c’est très bien.
Quelques remarques maintenant :
– Si on fait la comparaison avec le fameux "Casse toi pov’ con" de Sarkozy, il faut remarquer que Sarko ne s’adressait pas à un militant UMP, mais à un contradicteur. Dans le 1er cas, il s’agit de la morgue d’un puissant vis à vis de la plèbe, dans le second, on est dans tout autre chose : une conception léniniste du militantisme. Le militant est un "militaire", et comme tel, doit obéir à ses chefs. Commentaire significatif d’Apathie sur son blog :
Cette conception disciplinaire du militantisme est datée. Elle fut l’apanage d’organisations de masse qui prétendaient faire la révolution, et le but même, renverser l’ordre établi, justifiait une obéissance aveugle de ceux qui prétendaient l’atteindre. Vieilles figures de la politique, vestiges de la pensée, dont le parti communiste français du siècle passé fut l’un des archétypes les plus aboutis, organisation humaine fondamentalement perverse qui prétendait libérer l’homme en l’asservissant à l’obéissance absolue d’un dogme et d’une pratique.
On pourra faire remarquer à Apathie que le camp d’en face dispose lui aussi de militants disciplinés. Et que s’il faut considérer le terrain politique comme un champ de bataille, il y aurait quelque hypocrisie à ne pas le mentionner. La question est : s’agit-il d’une vieille figure de la politique, ou de son éternelle figure — que la ruse des "communicants" réussirait presque à nous faire oublier...
– On n’a pas épuisé la question en faisant ces remarques. Cette sortie est en contradiction avec tout ce que le candidat Mélenchon dit, mais en concordance avec ce qu’il pense, au fond. Il manifeste qu’il y a les chefs d’une part, et d’autre part ceux qui n’ont le droit que de fermer leur gueule. Il veut de la discipline, et il prépare la révolution citoyenne, mais à condition que "les citoyens" (la volonté générale rousseauiste) parlent par sa voix. Vieille tendance jacobine, et origine de toutes les dictatures.
– L’anecdote a une signification politique circonstancielle. Mélenchon est interpellé à la fête de l’Huma par un militant communiste de base, sur la présence de Martine Aubry et l’utilisation de son image. Voilà une faute de communication, dans un exercice de communication ! Le réel tout d’un coup fait irruption, dans la fabrique des images. Et patatra, une nouvelle image apparaît, désastreuse celle-là.
– Désastreuse, parce qu’on ne doit pas oublier le rôle des images télés dans une campagne politique. Bcp de ces campagnes ont basculé sur une seule image. C’est irrationnel, mais c’est comme ça. A l’inverse, une image, comme la gifle de Bayrou, peut propulser un candidat. Il sera intéressant de voir comment Mélenchon réagit et gère la situation. Il va falloir réparer la gaffe du côté de l’opinion publique, et du côté des militants communistes, qui constituent comme le lui rappelle une militante dans le film quelques seconde avant cet épisode, le gros de ses troupes. La discipline suffira-t-elle ?