Je ne suis quant à moi pas du tout surpris : d’une part parce que s’ils ont qq chose à dire (à supposer qu’ils aient qq chose à dire et ne considèrent pas ça comme un non événement), ce n’est sur l’Agitateur qu’ils viendront le dire, et peut-être même pas sous une forme publique quelconque ; d’autre part parce que tirer sur Mélenchon en ce moment, c’est pour eux se tirer une balle dans le pied. Le ressentiment est grand chez bcp de militants, et le pari de la direction ne se révélera payant que si Mélenchon fait un score significatif, qui accorderait un répit à l’inexorable désescalade de cette organisation politique en régression constante dans les urnes depuis plusieurs dizaines d’années. Or les militants, même ceux qui désapprouvent la stratégie de la direction, n’ont aucun intérêt à ce qu’elle perde son pari. Les dés sont jetés, et il ne faut pas s’attendre à un débat de ce genre dans cette séquence.
En général, les militants politiques s’expriment moins sur l’Agitateur. Là, il y a quelques questions à se poser, en rapport avec la récupération d’internet et son instrumentalisation en outil de propagande, après une première période ou une grande liberté a pu s’épanouir, de façon confidentielle toutefois. Deux stratégies pour limiter cette liberté : la pollution informative (multiplication des blogs qui se recopient les uns les autres ; voir les flux de Bourges politique par exemple) et l’enterrement dans le silence de ceux qui s’expriment — en ne leur répondant pas par exemple. Les deux stratégies sont d’ailleurs complémentaires. On réduira d’autant plus au silence celui qui a un point de vue original et personnel qu’il sera noyé dans la masse de fausses infos ou de point de vue conformistes ou téléguidés. C’est la rançon de la liberté et et les failles du modèle égalitaire/horizontal sur le modèle hiérarchique/vertical. Faire se taire les gens en contrôlant les médias (modèle gaullien de maîtrise de l’AV) ou les faire parler en noyant leur parole dans le bruit (*) ou le gazouillement : pratiquement, le résultat est le même. D’autant que les médias "autorisés", cad qui ont conservé une certaine autorité et efficacité auprès de l’opinion (télés, radios, journaux), demeurent soigneusement sous contrôle. Les Zones d’Autonomie sont toujours Temporaires. Rien de nouveau sous le soleil.
(*)D’où l’absurdité de ces projets qui compilent automatiquement des masses d’information sans tri, sans choix, sans mise en perspective, et qui en augmentant sans cesse la quantité grace à des robots performants, espèrent produire magiquement de la qualité informative. Le plus cocasse, c’est quand une entreprise de ce genre annonce : « Maintenant que l’information est tellement abondante, nous n’avons pas tant besoin de nouvelles informations que d’une aide pour traiter celles qui sont déjà disponibles. » Aide ? Quelle aide peut bien procurer un robot qui crache automatiquement ses ressources ? Quel peut bien être l’utilité de ce genre d’amoncellement - d’autant que des outils personnels, comme les flux rss, existent déjà !