Ma théorie à moi.
Élevé à l’école de l’enfumage « à tout prix » dont les avocats les plus illustres, tels que Carminal et Costa, n’avaient cessé de confirmer le bien-fondé grâce à leur talent confirmatoire et à leur volonté d’ouvrir l’espace Maginaire au plus tôt. J’ai épousé, au départ, le style de mes grands contemporains, encore que certains signes précurseurs, tels que mon refus de précipiter les hostilités, ma tendance et mon obstination à m’accrocher au moindre avantage de situation aient laissé prévoir une prochaine révolution dans ma pratique des fumigations. Celle- ci éclata un mardi en 2008.
En me livrant à une étude attentive de mes propres divagations et à celles de mes proches amis, j’ai découvert les lacunes de l’attaque « à outrance ». Et j’en suis arrivé à la conclusion que les triomphes de Carminal et Costa étaient moins le fruit de leurs étonnantes capacités cognitives que celui bien plus certain de la médiocrité de nos adversaires.
Une certaine idée de l’outrance.
Fort de cette découverte, Je n’ai pas manqué de me poser la question : « Quand peut on enfumer ? » Et j’en suis arrivé à répondre : « Quand la situation le justifie », c’est-à-dire lorsque certaines conditions favorable se trouvent réunies, qui en assurent le succès. Bref j’ai déclaré la guerre à l’axiome de l’attaque « à outrance » pour lui substituer l’attaque « motivée ». Restait à convaincre mes amis d’une philosophie aussi anticonformiste. Seul le test de la Bombonne était susceptible de confirmer la justesse de mes idées : montrer à mes détracteurs combien leurs remarques sont déplacées et, par voie de conséquence, incorrectes !
Un tel défi eût été impensable sans une vision « optimiste et améliorée du principe de manigance » art quasi incompris par les gars de Pont Vert. Et en édictant de nouveaux principes en faveur de ma défense.
Seul contre tous - Les gars du coin considérant mes théories en contradiction avec le bon sens - j’éprouvai la plus grande peine à promouvoir mes idées. Ce n’est qu’après les affrontements terribles de l’été dernier qu’elles furent enfin admises.
Quelles sont les idées maîtresses ?
Le principe de base s’énonce comme suit : On élabore un plan conforme aux exigences de la situation.
L’élaboration d’un plan équivaut à fixer une ligne de conduite. Et celle-ci répond à une économie intellectuelle. Car si le cerveau humain était capable de tout calculer, ainsi que l’observe Aristote, il pourrait se passer d’un plan ! Conscient des limites on évalue les situations qui échappent au calcul pur.
Le plan pour dominer les choses.
La recommandation d’établir un plan n’est pas une idée neuve en soi. Comme le soulignait Carminal dans : « Pour apprendre à nager », le plan a fait son entrée dans l’histoire des Manigances pour résoudre le délicat problème des malentendus artistiques. Fort de cette découverte mes amis et moi nous nous sommes endormis bien trop longtemps sur nos lauriers. Aux origines de tout ça, il y a l’Antiquité : « On ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve » Et puis aussi ce drôle de gars qui se baladait avec une lanterne en cherchant l’homme. C’était le point de départ, le commencement.
Après, oui ensuite, ça c’est gâté. J’ai bien essayé d’imaginer de brillante combinaisons mais les maîtres du monde ont découvert l’échange systématique et la foutue marchandise, laquelle a atténuée la vigueur de nos assauts quand elle ne les brisait pas. Nous en étions là quand tout c’est écroulé. Maintenant la panique la stupeur et tout le tremblement, voilà, nous y sommes, tout n’était donc que fumées. Le monde est par terre, et il faudrait le ramasser. J’en vois déjà beaucoup qui veulent le faire, des flics, des curés, des bienveillants, sans oublier les fouteurs de guerres et les bien intentionnés. Ils se bousculent, ils sont pressés, ils vont tout faire pour que ça s’arrange, on ne doit pas s’inquiéter. Tu veux la voir ma grosse relance ? Ouvre bien les yeux et puis respire. C‘est fou comme tu vas t‘amuser. On va t’en raconter des histoires, des jolies, des qui font peur, des pas vraies. On va te réapprendre à croire, et tout va recommencer. Fais gaffe quand même si tu rechignes, il ne faudra pas t’étonner si on t’accuse de sabotage, et de mauvaise volonté. Ils ont déjà ton ADN, et ils peuvent le dire à la télé.
Boris Alemko