TNT ou TNA ?

Télévision Numérique Terrestre ou Télévision Numérique Aléatoire ?
mercredi 25 janvier 2012 à 18:04, par B. Javerliat

La télé qui marche pas ou mal, c’est un gros sujet de préoccupation des Berruyers en ce moment, si l’on en croit les nombreux articles dans la presse locale. Et donc un sujet de préoccupation des élus : ne voilà-t-il pas que Ph Bensac, adjoint au maire de Bourges, somme TDF [1] d’augmenter la puissance de ses émetteurs. Si c’est Bensac qui l’ordonne, ça devrait pas moufter, à TDF !

Mais regardons ça de plus près. Sous le titre « TNT : les ondes aléatoires » il commence par nous dire que l’émetteur des chaînes publiques manque de puissance. Pas de bol, les émetteurs de toutes les chaînes de télé ont la même puissance en haut du pylône de Neuvy-Deux-Clochers [2].

Ensuite, il nous dit tout sur la propagation des ondes hertziennes. Un vrai puits de science, ce Bensac. Sauf que c’est juste un magnifique copié-collé d’un article de Wikipédia. Passons. On peut pas à la fois être spécialiste du TGV et de la TNT. Suit le conseil d’un antenniste (pas trouvé ce mot dans mon dico) professionnel pour régler son poste.

Et hop-là ! Y’avait un problème de télé, Bensac s’occupe de tout. Elle est pas belle la vie ? Sauf qu’il passe sous silence les vraies raisons qui font que la TNT c’est souvent TNA. Et celles-là ne sont pas techniques, mais politiques.

Auparavant (je vous parle d’un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître), TDF était une entreprise de service public au service du public. C’est à dire qu’elle devait se donner les moyens de faire parvenir la télé partout sur le territoire, et par tous les temps. Pour cela, les ingénieurs de TDF avaient convenu que les émetteurs des chaînes publiques à Neuvy-Deux-Clochers devaient faire 50 kW de puissance [3]. Beaucoup trop en temps normal (99% du temps), mais nécessaire quand les conditions météo ou autre rendaient difficile la propagation des ondes (1% du temps).

TNT ou TNA ?

A la fin des années 80 [4], le premier gouvernement de cohabitation de droite a décidé que le monopole public c’était ringard, qu’il fallait vendre TDF. C’est France Télécom qui récupéra le morceau. Quelques années plus tard (1997), France Télécom fut privatisée par les mêmes ayatollahs de la concurrence libre et non faussée. Encore un peu plus tard, la bulle internet péta à la figure de France Télécom, qui fut contraint de vendre des bijoux de famille pour se renflouer. Le réseau d’émetteurs de l’ex TDF se retrouva aux mains de fonds de pension étrangers (actuellement l’écossais Charter House et l’américain Texas Pacific Groupe). Voilà comment la droite, en quelques années, a dépouillé les Français d’un réseau d’émetteurs dont ils étaient propriétaires puisqu’ils les avaient entièrement payé avec leurs impôts. Ce principe de spoliation du bien public par la droite est bien connu [5], et a été reproduit dans de nombreux domaines.

Mais quel rapport avec la télé qui marche mal à Bourges ? Ben c’est pas dur à comprendre. Dans la logique « service public » on se donne les moyens pour servir le public 100% du temps, comme expliqué plus haut [6]. Dans le privé, la seule logique est la rentabilité [7]. Et pour être rentable, il faut économiser sur tout ce qui est possible d’économiser. Le premier poste de dépense des émetteurs, c’est la consommation électrique. Si, par exemple, on peut fournir un service qui marche 99% du temps en divisant la puissance des émetteurs par deux [8], la tentation est grande et une entreprise privée fait immédiatement ce choix. Et tant pis pour le 1 pour cent qui reste, les usagers - les clients, pardon - n’auront qu’à se plaindre au propriétaire de l’entreprise privée, c’est à dire au fond de pension, c’est à dire, en fin de compte, le retraité américain ou écossais.

Si vous connaissez l’adresse de l’un d’entre eux, donnez-la à Bensac pour qu’il lui explique que ça peut pas durer comme ça…

PS : Ces informations viennent d’un technicien de TDF qui s’est fait virer comme un malpropre l’an dernier après avoir passé plus de 30 ans dans l’entreprise. Viré avec 350 autres pour améliorer la rentabilité de TDF. Au dernières nouvelles, et ne retrouvant bien évidemment pas de travail, il envisage de changer de métier et de se mettre à son compte... Pour en savoir plus sur la situation sociale de TDF, consulter le site Sauvons TDF.

[1Télé Diffusion de France. En savoir plus avec Wikipedia

[2Sauf l’emetteur des chaînes en HD qui est un peu moins puissant . Mais le problème n’était pas sur les chaînes en HD

[350 kW, c’était la puissance des émetteurs de TF1, Antenne 2 et FR3 à l’époque. Les nouvelles chaînes privées, pour des raisons d’économies, s’étaient contentées de 10 kW. Déjà, à l’époque, la réception de ces chaînes était un peu aléatoire à cause de la moindre puissance des émetteurs…

[4loi du 30 septembre 1986 relative à la liberté de communication, dite loi Léotard.

[5Les socialistes ne sont pas en reste en ce qui concerne les privatisations. C’est même sous le gouvernement Jospin qu’ont eu lieu le plus de privatisations des biens publics

[6Même s’il restait des problèmes, comme par exemple le quartier d’Auron qui a toujours eu des difficultés de réception

[7Et la rentabilité de la station de Neuvy a incroyablement progressé. A l’époque du service public, il n’y avait que 5 clients : TF1, Antenne 2, FR3, Canal + et la Cinquième. Aujourd’hui, c’est 19 chaînes de télé qui payent leur obole à TDF pour se faire diffuser. Une manne qui, sans la privatisation, irait dans les poches de l’Etat, donc de vous et moi. Au dernières nouvelles les retraités écossais et américains ne se plaignent pas de la situation…

[8En fait, la baisse de la puissance des émetteurs de télé a été beaucoup plus drastique. En effet la TNT, en dehors du fait qu’elle permet de faire passer plusieurs chaînes dans un même émetteur (multiplexage), présente le gros avantage de nécessiter en théorie des émetteurs moins puissants. A Neuvy, ils sont de 4kW, soit 12,5 fois moins ! Même si la technologie progresse, ça fait quand même pas beaucoup par rapport à ce qu’il était nécessaire avant. Pas étonnant que des fois ça coince...
Attention, on parle ici de puissance nominale, et non pas de puissance apparente rayonnée (puissance nominale x gain de l’antenne)


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commentaires
TNT ou TNA ? - Barruhet - 9 août 2018 à 16:41

Cela faisait longtemps que je cherchais des réponses à mes questions (pourquoi nous faire passer de l’analogique au numérique ?
bien qu’intiutivement j’ai eu ces réponses), merci pour ces précisions. Je ne connaissais pas la TNA.


TNT ou TNA ? - 26 janvier 2012 à 14:48

Bonjour,
Les problèmes de réception de la TNT que l’on constate un peu partout en France ne sont pas à proprement parler un problème de puissance insuffisante des émetteurs (lun émetteur TNT avec les paramètres utilisés en France assure en théorie une couverture identique à l’analogique avec une puissance 10 fois inférieure).

Ces problèmes sont essentiellement dûs à la configuration du réseau décidée par le CSA (et non TDF ou ses concurrents) et aux paramètres de la norme DVB-T que le CSA a décidé d’utiliser, qui sont peu adaptés à la configuration dite "SFN" (Single Frequency Network) choisie pour ce réseau.
Dans cette configuration SFN, tous les émetteurs d’une zone de diffusion (qui correspond plus ou moins à la zone d’intérêt d’une variante régionale de FR3) utilisent le même canal pour émettre le même multiplex.

Pour que ce type de configuration fonctionne de façon fiable, il y a de nombreuses contraintes à respecter, notamment une synchronisation parfaite entre les émetteurs et l’utilisation de paramètres d’émission (intervalle de garde et décalage temporel entre émetteurs) assurant qu’en tout point de la zone de couverture le ou les émetteurs non visés soient reçus à l’intérieur de l’intervalle de garde de l’émetteur pointé par l’antenne de réception (c’est à dire en pratique avec moins de 112 µs de retard).
Il faut aussi pouvoir assurer que l’émetteur dont le signal arrive en premier sur l’antenne de réception soit celui qui arrive le plus fort, ce qui n’est pas toujours le cas.

Les paramètres d’émission choisis par le CSA (64QAM, IG=1/8, FEC=3/4) visent à maximiser la capacité de transmission d’un multiplex (pour pouvoir transmettre 6 chaînes SD ou 3 chaînes HD par canal) plutôt que la robustesse du signal, ce qui augmente la difficulté de réception, notamment en configuration SFN.

De plus les conditions de fonctionnement en SFN sont encore plus difficiles à remplir pour le multiplex R1, qui transmet les chaînes publiques (dont la variante régionale de FR3 et une seconde variante ou une chaîne locale).
En effet, pour ne pas avoir à réaliser les opérations complexes et coûteuses de remultiplexage de FR3 et de la chaîne locale dans tous les émetteurs secondaires et réémetteurs, ceux-ci se contentent de réémettre le signal de l’émetteur principal, ce qui rend plus difficile le maintien de la réception à l’intérieur de l’intervalle de garde pour les émetteurs secondaires en SFN. D’autre part la réception du signal terrestre par les émetteurs secondaires relativement éloignés de l’émetteur principal peut être soumise à des aléas de propagation et à des perturbations qui peuvent dégrader le signal réémis par ces émetteurs.

Les autres multiplex (R2 à R6) étant de type "national" sur tout le territoire sont quant à eux reçus par satellite par les émetteurs secondaires.
D’une part la réception du signal satellite est moins aléatoire que la réception terrestre et d’autre part les contraintes de synchronisation des émetteurs secondaires avec l’émetteur principal sont plus faciles à remplir qu’en cas de réémission du signal terrestre.

C’est probablement ce qui explique que les problèmes constatés dans la région de Bourges affectent surtout le multiplex R1.

En numérique, contrairement à l’analogique où on observe des dégradations proportionnelles à l’importance des perturbations, un signal perturbé au dela d’un certain niveau est totalement inutilisable (pixellisations importantes au voisinage de la limite acceptable, écran noir au delà) ce qui rend inacceptables ces situations de perturbation.


TNT ou TNA ? - B. Javerliat - 26 janvier 2012 à  17:37

Merci pour votre réponse éclairée et éclairante.

un émetteur TNT avec les paramètres utilisés en France assure en théorie une couverture identique à l’analogique avec une puissance 10 fois inférieure.

Vous confirmez donc que la baisse drastique de la puissance des émetteurs ne serait pas - en théorie précisez vous - la cause des problèmes rencontrés sur Bourges. Même si l’on peine à comprendre que l’on puisse éclairer aussi loin avec une lampe 10 fois moins puissante, je veux bien l’admettre ; sûrement que mon analogie avec une lampe n’est pas valable dans ce cas. Cela invalide aussi ma théorie des économies techniques faites au détriment de la qualité du service. Le commentaire ci-dessous de l’ancien technicien de TDF montre qu’elles ont été faites ailleurs, principalement sur la variable d’ajustement que sont les salariés aux yeux des actionnaires. Par la même occasion, cela rend dérisoire l’injonction faite par Ph. Bensac à TDF d’augmenter la puissance des émetteurs, puisque, selon vous, ça n’apporterait aucune amélioration. Encore une fois cet élu a récupéré un problème rencontré par les berruyers pour faire sa publicité. On est habitué.

Répondre à ce message #34685 | Répond au message #34684
TNT ou TNA ? - bensac - 25 janvier 2012 à 19:16

C’est dingue de ne pas admettre que je dénonce une réalité, le manque de puissance de l’émetteur des chaînes publiques (distinctes sur le pylone supportant l’ensemble des émetteurs selon la gamme des fréquences), en parfaite connaissance de cause et sans aucun copier/coller, tout en citant explicitement une interview parue dans le journal du Centre concernant les réglages à tenter.
JAVERLIAT tout puissant... manque d’argument !


TNT ou TNA ? - bombix - 25 janvier 2012 à  20:31

Bonjour Philippe Bensac,

- Quelques remarques de forme : quand on utilise une source, on la cite de sorte que le lecteur puisse s’y référer au besoin. Journal du Centre, ok. Mais quelle édition, quel jour, quelle page ? Sur internet, outre une mention, on fait un lien vers la source, car ainsi le lecteur y a accès directement. C’est une affaire de courtoisie vis à vis de l’auteur, et du lecteur.

Voici votre texte : Comme en optique, la diffusion dépend du rapport entre la longueur d’onde et les dimensions des obstacles ou des irrégularités à la surface des obstacles réfléchissants. Ces derniers peuvent être aussi variés que des rideaux de pluie (en hyperfréquences) ou les zones ionisées de la haute atmosphère.

Et voici le texte de Wikipédia : Comme en optique, la diffusion dépend du rapport entre la longueur d’onde et les dimensions des obstacles ou des irrégularités à la surface des obstacles réfléchissants. Ces derniers peuvent être aussi variés que des rideaux de pluie (en hyperfréquences) ou des zones ionisées lors d’aurores polaires.

- Vous ne vous êtes pas exprimé sur le fond de l’article de BJ, à savoir la privatisation de TDF qui appartenait au patrimoine des français, et son contrôle aujourd’hui par des fonds de pensions étrangers. Qu’en pensez-vous comme politique et comme citoyen ?
- Vous dites "les ondes sont aléatoires" ? et vous précisez "ce n’est pas nouveau". Qu’entendez vous par là ? Vous faites référence à une théorie physique sur la nature des ondes électro magnétiques ?

Merci pour vos précisions à venir.

Répondre à ce message #34671 | Répond au message #34670
TNT ou TNA ? - 26 janvier 2012 à  01:45

Le principe ondulatoire est effectivement parfaitement connu et la meilleure façon de l’expliquer est de faire référence à la chute d’un objet dans une pièce d’eau.
1/la puissance de pénétration de l’objet dans l’eau en fonction de sa taille et de la taille de la pièce d’eau va provoquer une onde plus ou moins grande ou longue (dans le jargon) sachant que plus l’onde est longue (grande) plus elle se propage loin et plus elle peut dépasser des obstacles sur son passage. Il suffit de déduire l’inverse pour les ondes plus petites (plus courtes).
2/ autre caractéristique facile à observer : la fréquence de l’ondulation qui baisse en fonction de l’augmentation de la longueur. Les grosses vagues sont moins fréquentes que les petites mais vont plus loin et dépassent plus facilement les obstacles.

Conclusion : les chaînes numériques qui passent mal sont émises par des ondes moins longues et plus hautes en fréquence qu’à l’époque analogique et sur des bandes beaucoup plus étroites (d’où le dividende numérique). Donc beaucoup plus sensibles aux aléas atmosphériques, sols ... Il faut donc compenser par une puissance accrue d’émission. Le capitalisme n’a rien à voir là dedans... Mais si ça vous arrange ?

Répondre à ce message #34672 | Répond au message #34671
TNT ou TNA ? - bombix - 26 janvier 2012 à  06:29

Il faut donc compenser par une puissance accrue d’émission.

Raison pour laquelle on décide de passer la puissance des émetteurs de 5O KW à 10 KW. Merci pour cette explication scientifique.

Répondre à ce message #34673 | Répond au message #34672
TNT ou TNA ? - 26 janvier 2012 à  12:56

M. Bensac.

Savez-vous que les choses changent ?

Les clients de TDF ne sont plus, depuis bien longtemps déjà, les auditeurs ou téléspectateurs. Je pourrais vous parler en tant qu’ancien technicien de cette entreprise des changements profonds intervenus ces 15 dernières années, mais je vous en fait grâce.

Par contre, j’aimerais vous poser quelques questions sur l’actualité plus récente de TDF dont l’enjeu stratégique ne fait aucun doute :
Où étiez-vous, quand en 2010, les salariés de TDF se battaient contre un plan de départ volontaire, qui de toute évidence, impacterait violemment la qualité de service ? Les « politiques » ont bien sur été informés sur les risques encourus en matière de maintient du « service public ». Mais qu’ont-ils fait face à cette dégradation envisageable dénoncée par les salariés ? Rien !

Depuis, 516 salariés de TDF sont partis « volontairement ».

Alors, aujourd’hui, pour vous, il suffit de « pousser » le bouton, et tout s’arrange en matière de diffusion !
Cette vision simpliste du point de vue technique me fait mieux comprendre l’absence de réaction du monde politique sur le démantèlement de cette entreprise. Qui conseille aujourd’hui les hommes politiques en matière de diffusion hertzienne ? Des salariés de TDF, bien sûr, mais pas ceux qui étaient dans la rue en 2010, mais ceux qui, directement récompensés par les dividendes de l’entreprise, font en sorte de noyer le poisson et se cachent derrière des données techniques simplistes compréhensibles par les non-techniciens, dont vous êtes.

N’oubliez donc pas que, dans cette affaire, TDF est à la fois juge et partie.

Franchement, pensez-vous que les retraités américains ayant confié leurs économies à Texas Pacific Group, actionnaire majoritaire de TDF, soient très enclins à vouloir changer l’émetteur des chaînes publiques françaises sur le site de Neuvy Deux Clochers ?

Pour finir, je vous suggère de lire la lettre ouverte à Nicolas Sarkozy envoyée en 2010 par des salariés de TDF, la mise en garde était claire, et bien voilà, on y est, et maintenant, on fait quoi ?

http://sauvonstdf.over-blog.com/pag...

Répondre à ce message #34682 | Répond au message #34670