Musique

"On se crée alors un monde avec les choses qui nous interpellent"

Interview de Frédéric Parquet, leader du groupe A Movement Of Return
lundi 28 octobre 2019 à 16:17, par Mercure Galant

Le groupe A Movement Of Return (A.M.O.R) vient d’achever une résidence à Emmetrop qui s’est conclue par un concert donné au Nadir. L’ Agitateur - qui avait déjà signalé dans un article la parution de leur dernier et flamboyant album - a rencontré Frédéric Parquet, chanteur et leader du groupe, pour retracer son parcours artistique et évoquer le projet d’A.M.O.R. porté par des musiciens talentueux et qui se démarque par sa singularité et son originalité sur la scène musicale locale.

"On se crée alors un monde avec les choses qui nous interpellent"
L’Agitateur : Frédéric Parquet pouvez-vous vous présenter rapidement ? Vous n’êtes pas originaire de la région ?
Frédéric Parquet : Non pas du tout, je suis arrivé ici pour des raisons professionnelles, je suis enseignant. J’ai d’abord été muté à côté du Havre, puis mon deuxième poste m’a conduit dans le Cher…
L’Agitateur : En dehors de la musique, vous avez développé d’autres passions…
Frédéric Parquet : Oui, pendant une grande période, j’ai pratiqué le fer forgé à froid et organisé quelques expositions autour d’ objets de ma création. Je dois cela à mon père qui a été ajusteur, puis prof. C’est moi qui lui avais demandé de me montrer la technique.
L’Agitateur : D’où provient votre fibre artistique  ?
Frédéric Parquet : J’ai pratiqué le piano au conservatoire à Angoulême pendant dix ans. Cela a développé ma sensibilité mais ça restait assez scolaire et classique. C’est surtout à l’adolescence que je me suis ouvert à d’autres choses comme la littérature ou la peinture. On se crée alors un petit monde avec les choses qui nous interpellent.
L’Agitateur : Quand avez-vous décidé de vous lancer dans des projets musicaux ?
Frédéric Parquet : C’est arrivé assez tôt. Vers dix-huit ans, j’ai eu envie de composer ma musique. J’ai commencé avec un quatre pistes à cassettes pour effectuer mes premiers enregistrements ! (rires) Je me suis alors rendu compte que j’étais incapable d’utiliser ma technique pianistique. À l’époque, dans les années 90, j’aimais plutôt des groupes à guitare. J’ai donc appris à jouer de la guitare et c’est bien après que j’ai intégré des claviers. C’est à ce moment là que quelque chose s’est passé. J’ai réussi à retrouver tout ce que je savais faire au piano et à le réinvestir dans ma musique.
L’Agitateur : Vous ne faisiez pas de reprises ?
Frédéric Parquet : Non, rarement, à part quelques-unes pour des compilations sur le webzine « À découvrir absolument »
L’Agitateur : Vous avez participé à plusieurs formations : Horses eat sugar, par exemple …
Frédéric Parquet : Oui, ça remonte aux années 2000, avec un ami, Nicolas Germain, et un bassiste, on avait fait quelques concerts et sorti un EP. Je composais la musique, Nico écrivait les textes et participait aux arrangements. Il a écrit un roman depuis… Son ambition c’était d’instiller de la littérature dans une forme de rock, un peu à la manière de Marc Seberg ou de Lou Reed qui était sa référence.
L’Agitateur : Puis ensuite il y a eu l’expérience de Mechanism for people
Frédéric Parquet : Oui, ça a été mon projet. Nous l’avons monté avec le bassiste de Horses. Nous avons réalisé un EP et un album et nous avions eu pas mal de bonnes chroniques. On était même passé sur France Inter ! (rires) Tout ça commençait donc à prendre un peu forme, mais j’ai mis fin au groupe pour des raisons personnelles.
L’Agitateur : Combien de temps s’est écoulé ensuite avant la création d’A.M.O.R. ?
Frédéric Parquet : Il n’y a eu aucun temps mort. En fait, à la fin de Mechanism for people j’avais déjà des compositions mais comme cela ne se passait pas comme je voulais j’ai décidé de tout faire tout seul. (rires) Cela a été le point de départ du projet A Movement Of Return. (A.M.O .R.)
L’Agitateur : Pourquoi ce nom ?
Frédéric Parquet : En anglais, ce n’est sans doute pas très correct. On dirait plutôt Return movement… Ce nom est lié à une autre de mes activités, les arts martiaux. On parle du Tao, le mouvement de retour dans le Tao-tö-king de Lao Tseu . Cela peut avoir plusieurs sens Il s’agit entre autres d’un retour vers soi, puisque je me retrouvai seul pour continuer mon projet.
L’Agitateur : À quand remonte cette évolution ?
Frédéric Parquet : Les compositions datent de 2013, le groupe naît en 2014 et le premier album sort en 2015. L’arrivée des musiciens est vraiment liée au hasard. Je ne voulais plus faire de concert, je préférais composer en studio. J’étais en contact avec des gens qui faisaient des court-métrages, des étudiants de cinéma qui avaient besoin de musique non rémunérée. Cela me convenait tout à fait ! Et puis le photographe Stéphane Merveille a voulu organiser un concert à l’occasion d’une de ses expositions. Notre album venait juste de sortir sur le label Monopsone . Stéphane m’a demandé si je voulais faire un live. Je venais de retrouver Aurélien Fenoulière, l’ancien guitariste de Mecanism. Comme on avait envie de rejouer ensemble, je lui ai proposé de préparer quelques titres pour ce fameux live. On a aimé cette expérience et on a monté un set. On était alors avec deux guitares et des boîtes à rythme pour enrichir les séquences déjà enregistrées. Je précise que les séquences sont d’abord enregistrées sur des machines. Elles sont « vivantes », jouées en live, avant de passer par un enregistrement sur ordinateur. Il faut que ça « sonne » dans l’espace !

L’Agitateur : Comment sont arrivés les autres membres du groupe ?
Frédéric Parquet : Je les ai rencontrés par l’intermédiaire de Stéphane. Après le live avec Aurélien, on a ressenti un manque au niveau rythmique. On nous faisait parfois la remarque que le set était assez froid. Cela aurait pu fonctionner si on avait fait de la cold wave, mais ce n’est pas le cas. Les moments calmes et forts se succèdent dans les morceaux et il fallait tenter l’ajout d’un batteur. Stéphane nous a présenté Charlie Poggio qui était disponible et qui avait bien apprécié l’album.
L’Agitateur : À quoi est dû le départ du guitariste Aurélien Fenoulière ?
Frédéric Parquet : Il a changé de projet professionnel et nous a prévenus assez tôt en amont qu’il lui serait difficile de poursuivre l’aventure avec nous. Jeff Chardonnet qui était déjà présent pour le remplacer épisodiquement, a assuré la relève pour le concert des Prés-Fischaux à Bourges au cours de l’été 2018.
L’Agitateur : Avez-vous des influences musicales communes ?
Frédéric Parquet : Oui, Radiohead, par exemple. Moi, j’ai une influence un peu plus « dark wave » des années 80-90 qu’ils n’ont pas, mis à part quelques groupes phares comme les Cure.
L’Agitateur : Comment procédez-vous pour créer vos morceaux ?
Frédéric Parquet : Je fais la musique en premier puis ensuite viennent les textes.
L’Agitateur : Pourquoi avoir fait le choix de l’anglais pour les textes ?
Frédéric Parquet : C’est lié à Nicolas et à notre expérience pour avec Horses. Je l’ai vu mettre ses textes en forme en anglais et cela m’a vraiment imprégné. Le rythme, la couleur et le rapport à la musique me correspondent mieux. J’ai bien essayé d’écrire des textes en Français mais ça reste compliqué pour moi.
L’Agitateur : Parlez-nous de votre écriture qui évoque un univers imagé, onirique ou mélancolique…
Frédéric Parquet : Des idées ou des images sont souvent inspirées de mes lectures. Je vais travailler sur une phrase qui m’a marqué, j’essaie de lui donner du sens en anglais et ensuite je tire sur le fil pour la développer. L’écriture est généralement plus aisée quand l’idée et la musique sont déjà là.
L’Agitateur : Le groupe vient d’achever une résidence à Emmetrop. Pouvez-vous nous en parler ?

Frédéric Parquet : Nous avons été sélectionnés dans le dispositif de Propul’son de la Fraca-Ma qui compte plusieurs pôles musicaux dans la région. Chaque département recueille des candidatures qui sont regardées au niveau régional ou départemental. Avant de candidater, il faut exprimer des souhaits sur ce que l’on attend de la formation. Nous étions assez développés avec le label et l’album était sorti. On voulait donc plutôt axer notre résidence sur la scène. Nous avons rencontré Nicolas Moreau d’Emmetrop qui nous a aidés dans ce travail.
L’Agitateur : Vous avez aussi établi une autre collaboration pour ce projet, avec le peintre belge Roland Devolder. Comment est-ce arrivé ?
Frédéric Parquet : Lors d’un week-end, en visite à Honfleur, je suis entré dans une galerie d’art où Roland Devolder était exposé. J’ai vu une de ses sculptures intitulée la Renaissance, qui représentait un homme avec une tête très particulière, sortant d’un coquillage. Cela m’a scotché et puis le temps a passé. En préparant la résidence nous recherchions une identité visuelle pour la scène, j’ai repensé aux statues de Roland Devolder … et je l’ai appelé à Ostende ! C’est un homme charmant ! Quand il a compris ce que je voulais faire, il a accepté tout de suite et sa femme nous a envoyé un gros dossier de photos. Nicolas a eu l’idée de faire du mapping et nous a présenté Julien (M Kid) fin juin. Le courant est bien passé entre-nous. Le mapping a donc pu aboutir avec la résidence et une captation vidéo de l’événement a été réalisée pendant le concert.

Cette résidence a été une expérience très dense et très intense, on remercie encore Julien qui a passé du temps et dépensé beaucoup d’énergie sur ce projet. Cela nous permet d’avoir dorénavant un dispositif modulable pour la scène. Les vidéos serviront à enrichir notre booking mais il nous reste à trouver des dates de concert.
L’Agitateur : Ce n’est toujours pas évident d’être diffusé ?
Frédéric Parquet : Avoir un réseau de musiciens c’est une chose, mais avoir un réseau de diffusion en est une autre…
L’Agitateur : D’autres compositions sont-elles en préparation ?
Frédéric Parquet : J’ai quelques morceaux à l’état de pattern… Quand j’ai un morceau dans la tête, il faut que je le fasse car ça me hante… Je construis la structure avec les machines et je pose la voix. Pour ce qui concerne les arrangements, j’apprécie maintenant de pouvoir partager avec Jeff et Charlie
L’Agitateur : Qu’attendez-vous pour la suite ? Etes-vous satisfait en termes de reconnaissance ?
Frédéric Parquet : Je suis partagé sur cette question. Parfois, j’enrage un peu de cette confidentialité (rires), mais c’est une forme de réalité. Je lis des auteurs que j’apprécie beaucoup mais que personne ne connaît, c’est sans doute pareil pour la musique… Par contre, les gens qui nous aiment, aiment beaucoup ! (rires)

Pour en savoir plus :

la page Facebook du groupe A Movement of Return

L’album Completion disponible en ligne chez Monospone


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commentaires
"On se crée alors un monde avec les choses qui nous interpellent" - Mercure Galant - 2 novembre 2019 à 16:46

Le groupe A.M.O.R vient de décrocher une date le 21 novembre prochain à l’astrolabe d’Orléans en première partie des mythiques Young Gods ! Une belle occasion d’aller découvrir le groupe en live.