Election régionales 2010 dans le Cher

Les communistes conduiront la liste Front de Gauche

Rencontre avec Yannick Bedin
lundi 25 janvier 2010 à 08:01, par bombix, Mister K

Suite à la publication récente de l’interview de J.J. Coulon, nous avons reçu un courrier de Yannick Bedin nous invitant à le rencontrer pour qu’il nous expose le point de vue de la Fédération du Cher du PCF - après les remous qui ont agité le monde communiste dans les dernières semaines de 2009. Dans notre département, le PCF ira finalement à la bataille des Régionales sous le label "Front de gauche", non sans faire grincer quelques dents.

Les communistes conduiront la liste Front de Gauche
Yannick Bedin, Bourges janvier 2009

Premier constat : la gauche partira en ordre dispersé pour les régionales. Vraisemblablement, il y aura au premier tour une liste PS, une liste Europe Ecologie, une liste Front de gauche PG-PCF, une liste NPA associée peut-être à d’autres organisations de la gauche radicale, une liste Lutte Ouvrière... La stratégie initiale du PCF du Cher de faire l’union avec le PS dès le 1er tour — contre la décision des instances régionales du PC — a fait long feu. Yannick Bedin insiste « les militants nous ont mandatés pour négocier avec le PS. Nous ne portons pas la responsabilité de la division. Nous n’avons pas d’autres choix que de rassembler à la gauche du PS. »

Tombé des nues

A l’évidence, ce revirement n’a pu que nuire à l’image du PCF du Cher au démarrage de cette campagne. D’une part parce qu’il est apparu que l’annonce était un peu précipitée, alors que les détails de l’accord avec le PS n’étaient pas vraiment fixés. D’autre part, parce qu’une partie des militants communistes du Cher, qui s’étaient positionnés contre cette stratégie initiale, avaient envisagé de monter une liste concurrente sous le label « Front de gauche », en réunissant d’autres acteurs politiques dont le NPA — et s’en trouvaient dès lors de fait dépossédés.

Pendant tout l’entretien, Yannick Bedin parlera de « construction », lente et certainement difficile. Pas de revirement. L’objectif : peser à gauche, obliger le PS — tenté par les alliances avec le MoDem — d’ancrer clairement son programme pour la Région Centre à gauche.
Las ! Rien n’était fixé de ce côté-là. Au PS, on arrêtera une position concernant les accords avec le MoDem au soir du 1er tour seulement. Et puis grande déception aussi des communistes après les propositions de Philippe Fournié (PS) de ne leur accorder sur la liste commune que trois places éligibles. Déception et amertume, eu égard au travail réalisé par les élus communistes (en particulier les élus du Cher) au Conseil Régional.
« On est tombé des nues » explique Yannick Bedin, qui ne s’attendait certainement pas à une telle déconvenue. L’élu communiste berruyer explique qu’il ne s’agit pas d’une guerre des places. Il ne s’agit pas de problèmes de personnes : « Avoir des élus, c’est avoir des appuis, des relais pour mener une politique. » Politique de résistance au sarkozysme, même si l’élu municipal regrette que « les régions, dirigées par la gauche dans leur immense majorité, n’aient pas opposé une résistance beaucoup plus marquée à la droite.  » Pour l’heure « Les communistes ont fait la preuve, aux élections européennes, aux dernières élections cantonales qu’ils pouvaient rassembler un nombre significatif d’électeurs et emporter des sièges. »

Bref, dans une situation de crise généralisée de la gauche française, les communistes du Cher tentent de préserver leurs acquis – et leurs élus ! Le Parti est traversé par des débats âpres et par des guerres intestines. La situation n’est pas propre à notre département. Dans le Languedoc-Roussillon, Gayssot et ses amis partiront avec le sulfureux Frêche, tandis que d’autres communistes feront alliance avec le NPA sur une liste concurrente !
On n’en est pas là dans le Cher. Même si les mêmes questions et les mêmes tensions déchirent les militants. Les uns, que Yannick désigne comme des « identitaires » — en mettant tous les guillemets qu’il faut — se réclament du communisme historique, avec son histoire, son nom, sa tradition. Ceux-là voient d’un mauvais oeil le projet de dissoudre le PCF dans le Front de gauche avec des alliés minoritaires, comme le tout petit PG de Mélenchon. D’autres au contraire voudraient accélérer la mutation du PCF. Ils rêvent d’un vaste rassemblement à gauche de la gauche, qui fédérerait toutes les forces politiques qui ont opposé un NON de gauche au TCE en 2005. Une gauche antilibérale certes, mais plus vraiment communiste.
Entre les deux, une improbable synthèse tente de préserver l’identité du Parti et sa nécessaire évolution.

De toutes façons, impossible de présenter une liste PCF pour le Cher, après l’échec de tentative d’union avec le PS, puisqu’au niveau régional, les communistes partiront sous la bannière Front de Gauche. Il ne restait donc à la direction du PC du Cher qu’à rallier la liste Front de gauche du département, au prix de quelques grincements de dents. Dans le Cher, sur onze candidats, il y aura six communistes. Selon Yannick Bedin « les équilibres s’envisagent au niveau régional, si il faut des élus du Parti de Gauche, ils ne doivent pas forcément provenir du Cher ». Face aux discussions internes, Yannick Bedin souligne : « Il ne faut pas perdre de vue qu’il s’agit d’une élection locale, qu’il s’agit de choisir des conseillers régionaux. Nos camarades (J.J. Coulon NDLR) semblent parfois agir et raisonner comme si l’enjeu était de proposer ici et maintenant une alternative au capitalisme. » « Même si », ajoute-t-il, « on peut comprendre leur impatience à changer notre société. »

Un programme en cours d’élaboration

Pour Yannick Bedin, « le bilan est bon » même si « les régions n’ont pas fait assez de résistance contre la politique sarkozyste ; le projet socialiste manque d’ambitions ». Pirouette attendue pour justifier une liste Front de Gauche.

Car ce qui est bien-sûr attendu du Front de Gauche, c’est avant tout son programme. Pour que la logique de présentation d’une liste distincte ait un véritable sens, il faut que ce programme se distingue très clairement de celui de ses concurrents à gauche et notamment de celui du Parti Socialiste. La difficulté pour les communistes va être de « vendre » cette spécificité tout en étant comptable du bilan de l’équipe sortante. Pour Yannick Bedin, « Le Front de gauche est un outil de rassemblement. Aux européennes, cela nous a plutôt réussi en terme d’idées avec des contributions comme celles de Régis Debray ou Michel Onfray. Pour les régionales, la synthèse programmatique est en cours et n’est pas terminée actuellement. Les discussions sont âpres. Mais nous voulons répondre aux préoccupations sur l’avenir des services publics, préoccupation qui a été démontrée par le succès de la votation sur La Poste. Un exemple concret, dans le cadre de l’ouverture du transport ferroviaire à la concurrence au niveau européen, nous réfléchissons à une clause d’exclusivité de la SNCF dans la région ». Question cependant : est-ce possible légalement ? « Nous allons proposer un engagement très fort sur le ferroviaire avec une réponse sociale et une réponse environnementale. Nous serons également porteur d’une volonté de créer des fonds régionaux qui n’iront pas à des sociétés qui licencient mais bien à la formation et à l’aide à la création d’emplois productifs ».

Une campagne qui a du retard à l’allumage

A moins de deux mois du premier tour des régionales 2010, le Front de Gauche n’a donc pas encore bouclé son programme. Par chance pour lui, la campagne n’a pas vraiment démarré. Yannick Bedin le constate sur les marchés, « les gens n’ont pas les régionales à l’esprit ». Pourtant, les objectifs sont élevés « Nous espérons faire le score le plus élevé possible afin de pousser le PS vers la gauche et nous espérons faire mieux que les treize élus actuels ». Pour Yannick Bedin l’abstention « est un risque, nous allons proposer un projet mobilisateur afin d’inciter les gens à voter. » Seule l’UMP a réellement lancé la campagne avec pour le Cher, le thème du TGV mis en avant. Yannick Bedin souligne que « le TGV n’a pas de tracé. Il n’y a pas de possibilité à court ou a moyen terme d’un TGV passant par Bourges. Je suis gêné sur ce sujet. L’incantation autour du TGV, l’attente du miracle économique qu’il est censé apporter relègue les urgences au second plan. C’est pour cela qu’avec Jean-Claude Sandrier, nous avons proposé le POLT qui est une réponse à court terme. Mais cela ne dépend pas de la région. C’est l’état qui a arrêté le POLT et qui a engagé des projets d’un certain nombre de lignes TGV. » Pour Yannick Bedin, « Novelli va essayer de ne pas afficher l’étiquette libérale. Mais si il arrive à la tête de la région, il ne va pas s’embarrasser des services publics. Il risque de tailler dans le vif. Novelli est un ultra-libéral. »

Reste à savoir si les électeurs peu attirés par ce ragoût se reporteront plutôt sur le libéralisme soft du PS, sur le libéralisme vert d’Europe écologie, sur l’anti-capitalisme du NPA, sur le trotskisme de combat de Lutte Ouvrière ou sur la politique franchement de gauche proposée par le Front du même nom, et emmené par François Dumon, Yannick Bedin et tous leurs amis ...


Les rendez-vous du Front de Gauche :
- Meeting le 27/01/2009 à 18h30 à Vierzon, Salle Madeleine Sologne avec la participation de Marc Dolez (Parti de Gauche)
- Meeting le 03/02/2009 à Bourges avec la participation de Martine Billard (Parti de Gauche)

Tirer les enseignements des municipales 2008 à Bourges
Nous avons demandé à Yannick Bedin si la sévère critique de la candidate PS Irène Félix aux municipales 2008, critique formulée par Jean-Michel Guérineau, n’avait pas pu avoir un impact sur les accord PS-PC des régionales. Voici sa réponse : « Je ne sais pas si cela a eu un impact. La critique était peut-être un peu précipitée. Cependant, il faut tirer les enseignements de ces municipales. On ne se résout pas à voir Serge Lepeltier à la tête de cette ville ad vitam aeternam. En 2008, les conditions étaient réunies pour gagner avec une forte poussée de la gauche un peu partout en France et des victoires à gauche dans les cantons. En 2014, la gauche peut gagner la ville mais il faudra s’y prendre autrement. Halte aux candidatures auto-proclamées. Il faut proposer aux berruyers un projet de ville pour les 10 à 20 ans à venir. Et il faut trouver des personnalités pour le porter. Jean-Michel Guerineau pourrait être l’une de ses personnalités, d’autres au PS également, mais ce n’est pas à moi de les désigner ». Yannick Bedin ne parle pas de lui. Mais peut-être y pense-t-il, occasionnellement, en se rasant...


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commentaires
Les communistes conduiront la liste Front de Gauche - Rossignol Christophe - 26 janvier 2010 à 15:36

Plutôt que de parler à tort de "libéralisme vert" je vous propose d’aller sur notre site voir nos propositions http://centre.regions-europe-ecologie.fr/ ; il est clair également que les écologistes luttent pour la paix et le respect des droits humains.


Les communistes conduiront la liste Front de Gauche - bombix - 26 janvier 2010 à  17:47

Plutôt que de parler à tort de "libéralisme vert"

Moi je veux bien avoir tous les torts que vous voulez. Mais produisez moi une définition du "libéralisme" qui contredit le rapprochement des deux mots.

Pour éclairer un peu la question, une recension du livre de Leslie Sklair, The Transnational Capitalist Class, sur le site de La Sociale : Le capitalisme vert de Dany le rouge.

Je cite la conclusion :

« Certains commentateurs trouvent très curieuse la position de Cohn-Bendit qui se veut à la fois écologiste et libéral européiste, favorable donc au développement du marché mondial qui par le transport à longue distance est un des principaux facteurs de dégradation accélérée de l’environnement, de consommation des ressources fossiles et de dégagement de gaz à effet de serre. Si l’on comprend que le « développement soutenable » n’est que l’idéologie destinée à rendre acceptable le consumérisme et l’accélération des folies techniciennes, alors Cohn-Bendit est au contraire parfaitement cohérent, comme l’est la quasi fusion entre l’électorat socialiste le plus droitier, l’électorat vert et celui du MODEM. »

Une autre pièce au dossier : Le vrai visage de Cohn-Bendit

Et puis cette petite vidéo.

Enfin ce petit texte roboratif, puisque un peu d’histoire ne fait pas de mal ... et qu’il faut élargir au delà du personnage de Dany CB.

La vraie question est : peut-on être vert et productiviste, vert et libéral, c’est à dire favorable à l’économie de marché et toutes ses conséquences. On comprend bien que le mot « libéralisme » n’est pas très porteur pour votre clientèle électorale. Tant pis.

Répondre à ce message #25536 | Répond au message #25534
Les communistes conduiront la liste Front de Gauche - Jumbo - 27 janvier 2010 à  08:06

et il y a ce rappel de ce Cohn Bendit écrivait :

ICI

Répondre à ce message #25541 | Répond au message #25536
Les communistes conduiront la liste Front de Gauche - Jumbo - 28 janvier 2010 à  21:15
Répondre à ce message #25565 | Répond au message #25534
Les communistes conduiront la liste Front de Gauche - tzskrrr - Cyrano - 25 janvier 2010 à 08:32

« Reste à savoir si les électeurs peu attirés par ce ragoût se reporteront plutôt sur le libéralisme soft du PS, [...], sur le trotzkysme de combat de Lutte Ouvrière »

Le premier combat étant déjà la prononciation de trotzskrrr... troskzskrkrii... Alors faisons simple : parlons simplement de trotskisme... (ou à la rigueur de trotskysme). Sinon on pourrait dire comme Jules Renard parlant de Nietzsche, dans son Journal : « Nietzsche. Ce que j’en pense ? C’est qu’il y a bien des lettres inutiles dans son nom. »


Les communistes conduiront la liste Front de Gauche - tzskrrr - Mister K - 25 janvier 2010 à  08:37

C’est corrigé, merci ;-)

Répondre à ce message #25510 | Répond au message #25509